J’aurai tant aimé naître Tibétain, dans la peau d’un marcheur des cimes, d’un caravanier du sel, d’un pèlerin marathonien. À les observer, on pourrait penser que l’occupation principale de ces hommes est de marcher. Que pourrait-on faire d’autre en ces contrées immenses et sauvages. Des jours de marche pour se ravitailler en sel, aller visiter un proche, aller prier au Potala, fuir l’oppression chinoise. Les Tibétains sont bien ces pèlerins des hauts déserts glacés, à la recherche d’une meilleure réincarnation, marchant depuis des siècles au pas silencieux de leurs bottes en peau, le cuir à l’extérieur, la fourrure tout contre le pied.
SAGA DAWA
Le quatrième mois du calendrier lunaire est considéré par les tibétains comme la période la plus sainte de l’année. Il commémore les trois anniversaires les plus importants du bouddhisme : La naissance, la mort et l’illumination du Bouddha Sakyamuni. Entreprendre un pèlerinage pendant cette période est très bénéfique : les effets de chaque acte de dévotion sont amplifiés. Tous les douze ans pour l’année du Cheval d’Eau, ce moment prend toujours plus d’importance et des milliers de pèlerins se rendent à Lhassa et au Mont Kailash, les deux principaux endroits où l’on célèbre Saga Dawa. À Lhassa, l’activité religieuse se concentre autour du temple du Jokhang, le plus sacré du Tibet. Au Mont Kailash, le jour de la pleine lune, c’est à Tarboche que l’on remplace le mât sacré.
POTALA ET FAUBOURGS DE LA MYTHIQUE LHASSA
Mes premières impressions en pénétrant dans les faubourgs de la ville mythique sont déconcertantes. Les chinois ont construit des avenues tentaculaires à l’architecture impersonnelle. Les carrelages blancs et les vitres bleues habillent toutes les façades. Une touriste allemande avec qui j’arrive de Kathmandu fond en larme en découvrant le Potala perdu au milieu de cette nouvelle jungle urbaine. L’ancien palais du Dalaï-lama, transformé en musée, est aujourd’hui totalement encerclé par la nouvelle ville chinoise. On contemple maintenant cet édifice imposant depuis une grande place aseptisée qui accueille depuis peu le monument commémoratif des 50 ans de la « libération » du Tibet. Là, des militaires chinois en permission se font prendre en photo en habit traditionnel tibétain : poses grotesques, sous l’œil hagard de nomades qui découvrent pour la première fois la ville sacrée. À quoi chacun peut-il en penser à cet instant ?
Nous rejoignons dans le silence le Yak Hôtel, une des plus vieilles Guest House de Lhassa située à la lisière de la vieille ville tibétaine. Devant l’hôtel on détruit un grand bâtiment à l’architecture traditionnelle. Les ouvriers tibétains, le visage bien emmitouflé, aidés de simples cordes, font disparaître à la main, leur propre patrimoine. La poussière envahit le quartier. Lhassa prend des airs fantomatiques.
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