PATAGONIE
DE LA HAVANE A USHUAIA
par Christine Nilsson
Parti treize mois plus tôt d’Europe avec cinq caravelles et quelque deux cents hommes d’équipage, Magellan s’acharne à trouver un passage vers l’ouest. Le 21, il dégotte une faille dans la masse noire du continent sud-américain et s’y engage à l’aveuglette. Et au loin la sarabande démoniaque d’étranges lucioles orange sur une masse encore plus sombre. Les lucioles s’avèrent être des feux que les indigènes allument toujours et partout pour être sûrs de le maintenir en vie en dépit de la tourmente des vents : « La Tierra del Fuego ». Au nord, sur l’autre rive, des traces de pieds immenses, sans nul doute cette terre est habitée de géants, qu’il baptise «Patagon » (homme aux grands pieds). Ces géants se révéleront être des Indiens, certes de bonne stature, qui s’entourent les pieds de peau de guanaco, ce qui donne des traces démesurées, un peu comme celles que feraient des raquettes. Le 28 novembre la flotte sort du détroit pour découvrir un océan inconnu : le Pacifique. L’odyssée de Magellan s’arrêtera tragiquement quatre mois plus tard dans l’archipel des Phillipines. Un seul vaisseau regagnera l’Europe après avoir bouclé le premier tour du monde en un peu plus de trois ans.
Et ils sont nombreux les descendants de Magellan. Des citadins principalement, écœurés de bitume, de relations sociales sans odeurs voire inexistantes, de chansonnettes aseptisées et de musique informatisée. Les génies soixante-huitards de la culture occidentale sont vieillissants alors l’intérêt pour l’univers latino va grandissant. Car l’Amérique latine plaît tout aussi bien aux fervents d’un retour à l’authenticité écolo qu’aux urbains branchés avec leur nouvelle envie de vivre au présent, faisant la part belle à la spontanéité, réintroduisant la romance des couples latins. Alors tandis que l’été, les quais de la seine fleurent bon les quartiers de La Havane avec leurs pistes de salsa et de tango, d’autres épousent le vide absolu des étendues sauvages de Patagonie. Pour un simple séjour ou pour y vivre à l’année. Ils sont de nouveaux colons en quête de vérité sur une terre qui ne tolère aucune demi-mesure.
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