PATAGONIE
LES FILS DE LA PAMPA

par Christine Nilsson


La Patagonie fut explorée la première fois par Magellan, en 1 520. Elle était peuplée par les Patagons, qui furent exterminés au xixe siècle, et fut colonisée dans les années 1 880 par des anglo-saxons, puis fut partagée de manière définitive en 1902, entre l’Argentine et le Chili. La Patagonie couvre une immense zone de 800 000 km2, située au sud de l’Argentine, Elle est imbriquée entre la cordillère des Andes à l’Ouest, qui la sépare de la Patagonie chilienne, l’océan Atlantique à l’Est, le Rio Colorado au Nord, et la Terre de Feu au Sud.

Ayayema, l’esprit du Mal, a rendu certains de ces lieux si inhospitaliers que je me demande comment les derniers Indiens, les Akalalufs, ont pu survivre ici jusqu’à une époque récente. Ici, où il n’y a rien, hormis le hurlement des vents et le vomissement des flots au-dessus desquels de grands cormorans noir et blanc tournent sans relâche. On se sent à l’extrémité d’un monde prêt à basculer dans le néant. Et je frissonne à l’idée de ces premiers marins, poussés par l’intuition et la volonté d’un seul homme, qui ont réussi à faire passer leurs voiliers à travers les éléments déchaînés pour arriver ici. « Noir néant, vent hurlant. L’homme sur la dunette est cinglé par les flots en furie, griffé par les embruns, saoulé par les rafales. Mais il tient bon, il veut savoir, il veut trouver la passe. Il appartient à une confrérie de marins, parmi les plus rudes, tous héritiers de Magellan. »

La Patagonie est aussi un monde de gauchos, attaché à l’Argentine et notamment à la Pampa, ces grandes plaines situées à l’ouest et au nord du pays. Le mythe du gaucho est celui du cow-boy de l’hémisphère sud, le symbole de la liberté et des grands espaces. Des garçons vachers descendus tout au sud du Far West. Des personnages rudes et robustes, à la face cuivrée, comme éclairée de l’intérieur, et dont les grands-pères étaient des Indiens rebelles, des Yankees hors-la-loi, des chercheurs d’or, des marins bourrus, les plus courageux des colons… Tous pourraient être les héros des œuvres de Francisco Coloane, le «Jack London chilien ».

Sédentaires depuis deux siècles, les gauchos sont rattachés à une estancia parfois riche de plus de 50 000 moutons. Durant l’année, ils habitent à des kilomètres à cheval de la ferme centrale, et sont responsables d’une parcelle de la propriété. Ils habitent une maison en bois, parfois avec leur famille, plusieurs chevaux et des chiens de bergers, seuls. L’étymologie du mot gaucho ne vient-elle pas d’un mot indien voulant dire orphelin. Ce n’est qu’au début de l’été austral qu’ils conduisent les immenses troupeaux vers la ferme centrale des estancias pour qu’ils y soient tondus. L’épisode spectaculaire qui brise une fois par an la monotonie quotidienne.

«Assis en rond autour du brasier, ils mangent leurs moules, ramassées à pleines brassées dans les eaux glacées, imperturbables aux éléments en folie. Ils jettent les coquilles derrière eux avec des gestes lents et rythmés comme par un rite magique et ancestral. Ceci explique la multitude d’étranges murets circulaires de terre herbeuse que l’on observe aujourd’hui : en fait des tumulus de coquilles vides jetées il y a déjà quelques siècles.



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