JORDANIE
PETRA, CITE AUSSI VIEILLE QUE LE TEMPS

par Caroline Turgeon et Pierre Pascal

Les collines de grès de la Wadi Araba se fendent en un étroit passage, le Siq, communément appelé le défilé. Ce couloir, bordé de falaises couleur rouille zébrées de beige, est la voie qui aboutit au site de Pétra. Long de plus d’un kilomètre, il impose une marche silencieuse, comme si chaque bruit était amplifié par la résonance des parois, au risque de ne plus entendre la roche chuchoter l’histoire de ces lieux. Sur toute sa longueur, le Siq est encadré par des à-pics escarpés, hauts d’une centaine de mètres. Ils se rejoignent parfois à leur sommet et masquent la lumière du soleil comme pour ajouter à la beauté du défilé les mystères de la pénombre. Au moment où cette progression semble ne jamais devoir s’achever, une vision divine apparaît après un dernier tournant. Surplombant une immense cour de sable, le Khazneh se dresse avec majesté. Ce tombeau, le plus fameux de Pétra, mérite bien son surnom de trésor. Non pas tant parce que la légende raconte que des pirates y auraient un jour dissimulé de fabuleuses richesses, mais parce que la main des bâtisseurs nabatéens semble avoir été guidée par celle d’un dieu.

L’histoire des Nabatéens est faite de périodes fructueuses et de longs temps de silences. On sait d’eux qu’ils se consacraient pleinement à des commerces lucratifs, ponctués par de grandes épopées de guerres sans merci. L’origine de ce peuple reste mystérieuse et c’est avec prudence que les historiens parlent du Royaume de Nabatène qui daterait du XVe siècle avant J.C. Ce royaume se serait enrichi progressivement en prélevant un impôt sur les caravanes marchandes chargées de parfums. De toute évidence, c’est le commerce qui a offert la richesse et la puissance aux Nabatéens. Une  explication qui ne précise pourtant pas comment les Nabatéens dirigèrent un royaume aussi vaste que riche durant une dizaine de siècles, ni d’ailleurs par quels moyens ils édifièrent un ensemble architectural aussi magnifique et gigantesque que Pétra. Une cité nécropole, un cimetière ancestral, où les caveaux sont des châteaux creusés à même les parois rocheuses.

Deux journées complètes de marche dans Pétra suffisent à peine pour découvrir le site dans son intégralité. Nous croisons un jeune Bédouin qui se propose de nous guider vers un paradis caché. Agé de quinze ans seulement, il est déjà un homme et cherche à se marier. Il nous raconte en chemin que son père a quatre-vingt-douze ans, que sa mère est l’une de ses quatre femmes et qu’il a vingt-trois frères et sœurs. Il nous montre avec nostalgie la grotte où il est né et a vécu sa prime enfance. En sa compagnie, nous suivons un filet d’eau qui s’écoule entre des arbres aux fleurs roses. Plus loin, un bain frais saupoudré de pétales nous attend. Un moment partagé avec des enfants qui nous offriront des grappes de raisin vert. Durant quelques heures, Pétra devint pour nous l’Eden perdu.


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