GRAND NORD
FEERIE ISLANDAISE
par Catherine Metayer, passe-frontieres@hotmail.com
L’histoire de Njáll le Brûlé raconte que, désireux de venger le destin malchanceux de sa famille, l’homme déclara : « Si je ne me venge pas, quelle saga adviendra-t-il de moi ? ».
DÉSERT DE LAVE ET DE GLACE. Situés sous les prairies nordiques, les hauts plateaux désertiques du Sprengisandur mènent jusqu’au sud de l’île.

Cette vaste étendue sauvage, traversée de quelques cours d’eau glaciaires, nous plonge dans un univers minéral hétéroclite, délimité par un glacier géant, le Tungnafellsjökull et deux volcans, le Hofsjökull et le Vatnajökull. Les coulées de lave mêlées aux eaux glaciaires se sont mutées en déserts sur lesquels les chevaux islandais creusèrent leurs premiers sillons. Ce paysage de sable et de galets auquel aucun chemin n’a pu résister, tant la rudesse des vents est grande, fut parcouru à l’époque par des cavaliers courageux, auxquels les sagas rendent hommage. Des quatre coins de l’île, des hommes de loi franchirent ces plaines à cheval pour rejoindre Pingvellir une fois l’an.

Ils vinrent y célébrer l’Althing, cette grande assemblée législative dont les épisodes riches en querelles sont sublimés dans les sagas. Cette fête honorable se tint chaque fois au bord d’un cratère immense né de l’écartement de deux plaques tectoniques. Tout près, le plus grand volcan d’Islande, l’Helka, laisse pressentir l’existence d’un enfer dont le grondement annonce la colère des dieux et décide parfois de l’issue des conflits. De cette fracture terrestre, des sources d’eau chaude laissent s’échapper des fumées vaporeuses de soufre et des bulles d’argile volcanique qui explosent sous la pression du gaz. Les habitants voient dans ces cratères l’expression de la gueule du diable. Des bancs de terre placés des deux côtés de la crevasse géante ont accueilli des personnages aussi puissants qu’extravagants comme Njáll le Brûlé et Egill Skalla-Grimsson, dont les sagas magnifient les discours. Le tout premier parlement de type libéral dans le monde fut fondé en ces lieux, en 930. Un protocole minutieux y assurait la liberté de parole et de discussion. Mais l’assemblée se transformait parfois en véritable arène. Les affrontements y étaient d’une grande violence et se terminaient souvent dans la flamme et le sang. L’Islandais ancien se rangeait naturellement derrière le jugement du destin et s’inclinait devant le vainqueur. Il voyait là une manière légitime de trancher les différends. Ce parlement primordial demeure encore aujourd’hui le symbole national d’une justice libre et honorable.



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