CHILI, VALPARAISO
DES CAP-HORNIERS A NERUDA
Par Pierre Pascal

Valparaiso : la vallée du paradis. Christophe Colomb et après lui les conquérants espagnols avaient la manie de découvrir des paradis terrestres, un peu partout sur leur passage. Valparaiso est l’emblème de toutes les villes de marins. Longtemps une escale obligée sur la route du cap Horn, premier port commercial du Chili jusqu’à la percée du canal de Panama, Valparaiso a ensuite amorcé un lent déclin. Pas pour les poètes et les peintres qui ont ici trouvé leur « ville-muse ». Pablo Neruda y a vécu, Salvador Allende y a été formé.

Lorsqu’on arrive à « Valpo », on veut voir le Pacifique, admirer la baie que les navigateurs ont autrefois tant attendue. Escale mythique. Premier refuge après l’enfer du cap Horn. Au Pacifique, on préfère rapidement l’atmosphère des bars à marins ou la solitude troublante qui enveloppe les rues en pente de la vraie ville. La vallée est étroite, les maisons escaladent les collines et les ruelles se font labyrinthes. Escaliers et funiculaires relient les quartiers populaires d’en haut au port et à la mer, tout en bas. Tripots et belles demeures d’appareilleurs, malfrats et bourgeoisie espagnole s’y sont longtemps côtoyés. Et les rues de Valparaiso suintent encore les terribles histoires qui ont fait sa légende… Violences, séismes et naufrages. On en compte plus de trois cents sur ces rivages sans abris naturels battus par la forte houle du Pacifique. L’escale de rêve pour tous les marins du monde fut aussi une cité d’incendies galopants sur la colline. «Les maisons de bois accrochées à la colline étaient soufflées, leurs pilotis s’enflammaient comme des allumettes et tout s’écroulait comme un gigantesque château de carte», raconte Jaime en sirotant un verre de pisco. Les pompiers de Valparaiso sont d’ailleurs célèbres pour leur panache, leur efficacité et leurs processions funèbres

La nuit tombe. On m’a recommandé de ne pas monter sur les cerros les plus hauts, de ne pas marcher trop près du port. On pense ces quartiers coupe-gorge. « Des voyous les yeux pleins de fièvre vont certainement te faire goûter de leur lame ». Ici, on raconte encore les histoires de voyageurs américains, pas mal ivres, fâchés de s’être fait jeter par une putain dépoitraillée parce qu’ils avaient bu leurs derniers pesos avant de consommer de la demoiselle. On leur faisait la peau un peu plus loin puis un jour plus tard, on accusait des marins philippins partis une nuit plus tôt. L’aventure est une maîtresse qui ne se laisse pas oublier.

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