Rapa-Nui est le nom donné par les indigènes à l’île de Pâques et rien que dans les consonances de ce mot, il y a, me semble-t-il, de la sauvagerie et de la nuit… Nuit des temps, nuit des origines ou nuit du ciel. » Pierre Loti. Rapa Nui, nom autochtone de l’île de Pâques, témoigne d’un phénomène culturel unique au monde. Installée aux environs de l’an 500, une société d’origine polynésienne a développé ici, en dehors de toute influence, une tradition de sculpture et d’architecture monumentale puissante, imaginative et originale. Du Xe au XVIe siècle, elle bâtit des sanctuaires et dressa des personnages gigantesques en pierre, les Moai, qui, créant un paysage culturel sans égal, fascinent aujourd’hui le monde entier. Les 600 géants mesurent de trois à dix mètres de haut et peuvent peser jusqu’à 82 tonnes.
L’apogée de la culture pascuane date des années 1000-1500 quand la population de l’île était estimée à près de 20 000 personnes. Elle était inférieure à 4 000 individus quand les premiers Européens y débarquèrent. C’était un dimanche d’avril 1722. L’amiral hollandais Jacob Roggeveen croisait l’île sur sa route alors qu’il cherchait la fameuse Terre de Davis. Le début d’un quasi-génocide, du moins culturel. Les deux mille huit cents habitants de ces quelques kilomètres carrés de terre rouge et aride sont des miraculés. En 1862, des marchands d’esclaves péruviens enlevèrent plus de la moitié de la population de l’île qui fut affectée à l’extraction du guano sur le continent. Trois ans plus tard, quelques dizaines de survivants furent reconduits sur Rapa Nui. Ils amenèrent avec eux des maladies (la petite vérole notamment) qui allaient décimer la population. Seuls cent onze Pascuans survécurent. Au début du siècle présent, la compagnie anglaise Williamson & Balfour obtint une concession pour pratiquer l’élevage. Ce ne furent pas les moutons qui furent parqués dans des enclos, mais les Pascuans, dont les habitations furent entourées de barbelés.
Pendant des millions d’années, il n’y avait ni ciel, ni terre, seul l’œuf originel de Tangaroa, dieu de Polynésie, tournait dans les ténèbres. Puis l’œuf originel est tombé sur l’île de Pâques. En est sorti Make Make, humain à tête d’oiseau, origine de toutes choses. Lorsqu’il cassa sa coquille, il se débarrassa de ses plumes qui ensemencèrent la terre. Il fit sortir les plantes et les humains de cette terre et donna naissance aux dieux Tive, Rorai, Hova et à la vieille Arngi Kot Kote en se masturbant. La tradition dit que c’est le chef Tuu Ko Ihu, qui, ayant surpris les dieux dans leur sommeil tailla les premières statues de bois à leur image.
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