BIENVENUE SUR MARS
Par Pierre Pascal et Sylvain Gendron, www.pix-aile.com
Et puis surgit le désert vivant. Mon camp de base, San Pedro de Atacama, épicentre d’un royaume minéral où règnent le vent et l’astre divin brûlant sous les ciels les plus purs. L’Atacama, le désert des déserts, altier puisque posé à 2 600 m d’altitude. Hostile puisqu’il n’y pleut qu’une fois par an ou pas du tout. Plus ancien que le Sahara ou le désert de Gobi. Palette d’un peintre fou d’insolation faisant jurer les ocres, rouges et bruns avec le blanc aveuglant du sel et le bleu profond du ciel. En un mot, superlatif. Ce désert si aride ne serait qu’aventure et effort sans ces oasis qui prennent ici tout leur sens. San Pedro, Toconao et des dizaines d’autres coins d’ombre où des arbres plusieurs fois centenaires sont alimentés par des réseaux souterrains naturels et complexes apportant l’eau minérale et nourricière des Andes. Tout le Chili s’en est d’ailleurs inspiré, comme la région de Santiago, la capitale, grande productrice de vin et de fruits que les hommes irriguent à grands renforts de tuyaux et d’arrosoirs mécanisés. Un réseau complexe qui s’étire des Andes pour alimenter une région où il ne pleut en moyenne que trois jours par été.
Revenons sur Mars, où plutôt sur la Lune. Car tout près de San Pedro, une vallée a été modelée par les forces qui secouent en permanence la Terre. Au résultat, l’un des endroits les plus étonnants du monde. La Vallée de la Lune est à l’abri des nuages, loin des hommes et presque ignoré des géographes. Les cartes ici sont si approximatives qu’il m’a semblé intéressant de la survoler. Une vallée apparemment immuable malgré la menace constante des séismes, parmi les plus violents au monde, qui reconstruisent régulièrement ces magnifiques paysages. Le désert d’Atacama, les vallées de la Lune et de la Mort sont les muses d’écrivains professionnels qui ont sué sang et eau pour raconter au monde le soleil ici à nul autre pareil, le vent plus fort qu’un mistral ou sirocco, la Lune si grosse qu’on croirait la voir chaque nuit s’écraser sur la steppe et cette mer gigantesque qui n’est plus qu’un lit de sel.».