BIRMANIE
LA TERRE MAGIQUE DE BOUDDHA

Images de Robert Dompnier. Texte de Christine Nilsson.


LA PETITE HISTOIRE DE PAGAN


Un moine est à l’origine de toute cette magnificence. Venu il y a bien longtemps, il est porte une lumière nouvelle qui a déjà éclairé l’Inde : la sagesse de Bouddha et sa morale de pitié et d’amour. À l’instar de Guillaume le Conquérant qui est son contemporain, le puissant Anawratha s’est taillé un immense empire à coups de campagnes menées à dos d’éléphant. Il a fait de Pagan sa capitale. Le bouddhisme Theravada est promu religion officielle. Les farouches idoles des temples changent d’attitude et baissent les yeux avec des sourires plus doux. Pour abriter les reliques et les textes sacrés, Anawratha se lance dans un prodigieux programme de construction de pagodes et de temples, que continueront ses successeurs. Au xiiie siècle, Pagan, qui n’a d’égal qu’Angkor, compte plus de 10 000 sanctuaires et plus d’un demi-million d’habitants. Marco Polo, qui n’en est pas à sa première merveille et qui passe par là en 1298, est manifestement esbroufé par ce qu’il appelle « le pays d’or » : « Les tours sont construites en pierre fine : certaines ont ensuite été recouvertes d’une couche d’or (de l’épaisseur d’un doigt) : il semble ainsi que toute la tour est en or. Il en est de même avec les tours recouvertes d’argent… Selon son bon vouloir, le roi a fait ériger ces tours pour commémorer le faste de son règne et pour la paix de son âme : le résultat est là : elles forment l’un des plus beaux sites au monde, superbe et précieux, avec un détail extrême dans la finition. Caressées par la lumière du soleil, elles brillent de mille feux et leur éclat resplendit très loin.»

Aujourd’hui l’or a disparu. Mais le grandiose en pierre et en brique subsiste. Le miracle de la foi. À quel prix parfois. L’imposant temple de Dhammayangyi est remarquable pour la finesse de son briquetage, sans nul doute un travail d’orfèvre. Chaque soir, son roi bâtisseur consciencieux venait inspecter le travail des maçons avec une épingle. Si les briques n’étaient pas parfaitement ajustées, il faisait couper les mains du maçon. Le roi Narathu n’était pas un tendre : il a commencé par accéder au trône en tuant son propre père Alaungsithu, puis son frère aîné Minthinsaw. Il a ensuite assassiné l’une de ses épouses, une princesse indienne qui avait osé le contrarier. Il fallait accomplir une action de haut mérite bouddhique pour se faire pardonner. Comme la construction d’un temple grandiose et parfait en tout point. Dès que le bâtiment a commencé à prendre forme, le roi a fait exécuter l’architecte pour s’assurer qu’il ne pourrait jamais plus en concevoir un semblable.



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