Le Machu Picchu est le gardien silencieux...
d’un mystère qui ne sera peut-être jamais élucidé.
Est-ce ici que les rites
sacrés ont continué à se perpétrer après l’arrivée des conquistadors ?
Est-ce un lieu où les sacrifices humains occultes perduraient malgré
les tentatives d’évangélisation
des missionnaires ? S’agit-il encore
du dernier refuge des Incas après la chute de Cuzco au XVIe siècle ?
Les conquistadors espagnols l’ont cherché en vain durant plus de quatre siècles. Et depuis sa découverte, le joyau de l’architecture inca n’a pas encore livré tous ces secrets. Ces légendes réunies autour du plus grand site touristique du Pérou, dont les pierres monumentales sont taillées au millimètre près, continuent à faire rêver le plus athée des voyageurs. Sa découverte par Hiram Bingham en 1911 fut purement hasardeuse. L’historien marchait sur les pas de Bolivar, le héros de l’indépendance de l’Amérique du Sud et à l’instar de Christophe Colomb jouait à la loterie des explorateurs. Il a fini par trouver ce qu’il ne cherchait pas.
Deux familles quechua (les descendant directs des Incas) vivaient alors sur le site et c’est le plus vieux des paysans qui baptisa l’endroit en pointant du doigt la moins haute des montagnes, « Machu Picchu », « vieux pic » en langue quechua. La légende naissait. Tous les grands sites de notre monde se révèlent aussi par leurs difficultés d’accès. Leurs antiques architectes réservaient sans doute leurs œuvres aux seuls regards des dieux. C’est le cas de Petra en Jordanie, cachée derrière le défilé du Siq, un canyon étroit et profond, long de deux kilomètres. Tikal au Guatemala, centre culturel de la civilisation maya, est dissimulé au milieu d’une jungle épaisse, au même titre que les temples d’Angkor au Cambodge. Et que dire de la nébuleuse cité de l’Atlantide.
Machu Picchu est accessible de Cuzco, l’ancienne capitale inca, par le train ou a pied, sur les sentiers du « chemin inca ». Ce chemin qu’emprunta la caravane de Hiram Bingham, chargée des métaux précieux et des poteries découvertes sur le site. Les explorateurs de l’époque, dans le plus pur style « Indiana Jones » découvraient et pillaient. Malgré la promesse de rendre ces trésors au Pérou, les vestiges du Machu Picchu sont toujours exposés dans le Connecticut, au musée de l’université Yale. Mais la ville est intacte. Il est vrai que l’expédition de Bingham n’avait pas l’envergure de celle de Howard Carter, qui en 1922, avec l’argent d’un lord anglais, a creusé le sol de la vallée des Rois, en Égypte, jusqu’à trouver Toutankhamon. Bingham n’était presque qu’un simple voyageur. Un routard éclairé et chanceux, le premier occidental à avoir regardé Machu Picchu avec les yeux d’un scientifique et à l’avoir raconté ensuite au monde entier. Il mourra cependant sans connaître la vérité du Machu Picchu. Une vérité plus plausible que certaine tant les batailles font rage à son sujet. Le Machu Picchu était le grand tombeau de l’Inca Pachacútec, qui régna de 1438 à 1471. Pachacútec est la figure inca la plus mémorable du Tahuantinsuyo, un Empire constitué de quatre régions s’étendant vers les quatre points cardinaux à partir de Cuzco, considéré comme le nombril du monde. Machu Picchu était une espèce de pyramide, l’endroit où reposait la momie de Pachacútec et où résidaient les Panakas, les membres de la famille royale, essentiellement des femmes, dont la mission était de veiller à ce que le souvenir de l’Inca reste vivant. L’actuel président du Pérou, Alejandro Toledo, se vante d’avoir le même profil que Pachacútec. Et il a souhaité que la cérémonie de son investiture présidentielle se déroule au sommet de Machu Picchu.
Les corps des Incas, étaient momifiés et conservés dans des grottes. Chaque année, on les sortait pour les porter en procession, comme on montre aujourd’hui les effigies des saints catholiques en Amérique du Sud. Peu de momies ont finalement été découvertes au Pérou car la coutume des conquistadors profanateurs était la destruction des temples par le feu et la reconstruction systématique d’une église catholique sur leurs ruines. Quand vous entrez dans la cathédrale de Cuzco, vous foulez en même temps le sol de la huaca la plus vénérée (lieu empreint de force surnaturelle et par extension, la tombe d’un Inca). Si Machu Picchu avait été découvert par les Espagnols de l’époque et non pas par Bingham, il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui nous en visiterions les ruines pour y entendre la messe.
sommaire Pérou / accueil

|
|