La ville blanche
AREQUIPA
par Alex Bellachat

 


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Où se trouve le Pérou, celui dont je rêvais...
... ce « temple du soleil », royaume des cités d’or,
aussi puissant que toute la Rome antique ?


Je doute et apostrophe le premier passant, Alfredo. Petit, trapu, 60 ans ou plus, brun et incroyablement moustachu. Il porte un costume gris, très ajusté pour lui, dont les couleurs et l’usure me font penser qu’il date de son mariage, 30 ans plus tôt. Nous prenons place sur un banc de Lilliputien, un Inca Cola à la main pour moi, une cigarette couleur maïs au coin des lèvres pour lui. Les yeux noirs et rieurs, la voix douce mais cassée par le tabac, il me demande : « Que fais-tu à Lima ? Tu dois être le premier Gringo que je croise depuis plusieurs mois. Va plus au Sud, gagne Arequipa et prend le train de l’Altiplano. Tu vas découvrir le Pérou et je pense bien que tu repartiras en te disant avoir vu les plus belles choses de ta jeune vie ». Alfredo est la joie incarnée et je lui accorde le rayon de soleil, fugace mais incroyablement chaud, qui transperce sans prévenir le plafond de nuages, si bas. J’ai envie d’en savoir plus sur sa ville, sa vie. Alfredo se désaltère avant de s’épancher. « Après la terreur du Sentier lumineux et la dictature de Fujimori, la misère populaire et intellectuelle s’est installée dans le pays. Plus aucune classe moyenne : des pauvres en bas et au sommet, des corrompus. » Pourtant, l’œil d’Alfredo est aussi pétillant que s’il avait 20 ans. Une leur d’espoir…

Il y a six mois se tenait à Cuzco le troisième sommet de l’Amérique du Sud avec pour objectif de mettre en place, sur le modèle de l’Union européenne, la Communauté sud-américaine des nations (CSN). Alejandro Toledo, président péruvien concluait que par cet acte les participants réalisaient le rêve du « libérateur » d’unifier l’Amérique du Sud. « Nous sommes là pour mettre de l’énergie, une âme, un cœur et la vie au rêve de Bolivar. Aujourd’hui, nous sommes témoins d’une nouvelle naissance… ».

Arequipa est opulente, tout autant que le Misti (5 822 m)...
...le volcan au cône parfait qui domine la ville.


Les longs voyages en bus ou en train, inévitables, ont l’avantage d’être si ennuyeux qu’ils prêtent à la réflexion. 24 heures sur la route, au milieu de paysages désertiques, puis surgit la montagne et à ses pieds, Arequipa la blanche.

Ariquepa, « l’endroit derrière la montagne pointue » en quechua, fut fondée par l’Inca Mayta Capac. Mais c’est l’Espagne qui au XVIe siècle la parât de toutes ses beautés : demeures patriciennes aux frontons sculptés, balcons et fenêtres décorés de fers forgés, cours intérieurs, places, églises, couvents et jardins. D’abord maraîchère, l’oasis fertilisée par les eaux de Rio Chili devint ensuite le relais privilégié entre les riches mines d’argent de Potosi, en Bolivie, et les ports du Pacifique. Bénie des dieux, Incas et catholique, Arequipa fut enfin enrichie par les Britanniques qui y installèrent les premières manufactures de laine d’alpaga.

Déambuler dans les rues d’Arequipa, c’est se retrouver au temps des inquisiteurs. Surtout quand on pénètre l’enceinte du couvent de Santa Catalina. Ville dans la ville, 20 000 m2 de superficie, l’endroit abrita durant quatre siècles une communauté de carmélites nées des riches familles espagnoles de la région. Cinq cents couventines cohabitaient ici et selon la féministe Flora Tristan, étaient aussi bavardes que dépensières malgré qu’elles aient prononcé vœux de silence et de pauvreté. Des domestiques leur servaient une riche cuisine qu’elles mangeaient dans de la vaisselle en porcelaine, sur des nappes en damas, avec des couverts en argent. L’église était certainement plus permissive en terre d’Amérique que sur le vieux continent.



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