PATAGONIE CHILIENNE
TORRES DEL PAINE
Images et texte
YVES ZARROUK
 

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TERRES OUBLIEES
PATAGONIA

Pendant sudiste du Camino del Inca qui amène vers le Machu Pichu,
le circuit du Paine est un des treks les plus spectaculaires d’Amérique du Sud.
Son apogée, les torres, sont trois Babels en forme de fusée, la tête perdue
trois cents jours par an dans les nuages.


PATAGONIE, TERRE DE MYTHE

Avec, tout en bas, le cap Horn, jadis terreur des cap-horniers, demain destination touristique. Chasseurs de phoques, chercheurs d’or, aventuriers : toute une humanité a peuplé ces terres désolées. Quant aux Indiens du grand sud de l’Argentine, ils ne sont plus que quelques centaines. Ils ont été massacrés par milliers en 1879 par les troupes venues de Buenos Aires sous les ordres du général Julio Roca. Au Chili, ils sont plus nombreux. Leurs terres coincées entre Andes et Pacifique ont longtemps été plus inaccessibles. Mais Pinochet a tracé une route, la carretera australe, qui relie Puerto Monnt à Punta Arenas. Et on a récemment trouvé de l’or dans le grand Sud. Enfin, la demande croissante en électricité des mines de cuivre du nord fait ressortir des tiroirs nombre de projets de barrages hydroélectriques. Tout un écosystème est menacé. Et une civilisation indienne menacée d’expulsion par les multinationales.

Le vent. Il dévale de l’amoncellement gigantesque
des glaciers de la barrière australe et galope sans
frein sur la steppe vallonnée de Patagonie.
Un vent froid, puissant, et parfois furieux.
Il courbe les branches noueuses des rares arbres
à la silhouette torturée, pousse les icebergs à la dérive
dans les fjords et les canaux innombrables qui font
de ce paysage du bout du monde un labyrinthe
d’îles boisées et de montagnes enneigées.
Le vent est le maître absolu du grand Sud chilien.
La bande étroite qui sépare la chaîne côtière
de l’océan Pacifique est comprimée par les fjords,
les montagnes et les champs de glace.
Les déplacements par route s’avèrent pratiquement
impossibles sur une grande partie du territoire.
Pour tout dire, les seules routes terrestres reliant
cette partie du monde passent par l’Argentine.
Il n’en reste pas moins que la Patagonie chilienne
s’auréole d’une beauté renversante, rarement égalée
à la surface du globe.

UN CLIMAT PARMI
LES PLUS RIGOUREUX DU MONDE


Pendant sudiste du Camino del Inca qui amène vers le Machu Picchu, le circuit du Paine est un des treks les plus spectaculaires d’Amérique du Sud. Ses torres, sont trois Babels en forme de fusée, la tête perdue trois cents jours par an dans les nuages.

Le Torres del Paine domine l’austère pampa, des lacs turquoise et des forêts de hêtres élevés, chétifs et tordus. Les 50e hurlants dévalent de l’amoncellement gigantesque des glaciers de la barrière australe et galope sans obstacles sur la steppe de Patagonie. Des vents froids, puissants, parfois furieux, qui plient les arbres, poussent les icebergs à l’exil, accélèrent dans les fjords et finissent par frapper à 130 kilomètres par heure et sans discontinuer les orgues de Pierre de la Cordillère qui émettent alors un chant perpétuel que les Indiens appellent «le cri pétrifié». Le vent est le maître absolu du grand Sud chilien.

Ernesto ajoute «le vent est l’ennemi numéro un des andinistes (alpiniste version andine). Il peut arracher à la paroi l’homme le mieux encordé, le mieux assuré. Il y a trois ans, un hélico tenta durant trois jours de secourir trois montagnards blessés et immobilisés sur la face est du pilier central du Paine, à 3000 mètres d’altitude. Un 3000 ici vaut largement un 4000 dans les Alpes, vu les conditions climatiques particulièrement difficiles.»

Des glaciers sont suspendus entre les gigantesques lacs en bas et les aiguilles, les tours aux parois verticales, les cornes bicolores du Paine moitié granit, moitié sédiments plus foncés. Les exploits d’andinisme, d’escalade glaciaire ou sur parois verticales apportent toutes les légendes d’aventure au splendide massif qui rappelle à la fois les Dolomites et la chaîne du Mont-Blanc avec, en prime, un cadre exceptionnellement sauvage. La beauté pure qui attira quelques lettrés latins. Gabriela Mistral parle du «vent des cris et des sanglots». La grande poétesse fut séduite par la Patagonie, mélange contradictoire, soulignait-elle, «de douceur et de dé-solation». Originaire de la Patagonie septentrionale, Pablo Neruda n’a jamais oublié ces forêts d’Araucanie. «Après avoir parcouru toute la planète, disait-il, ces territoires m’appellent avec le battement de la pluie d’hiver.» Antoine de Saint-Exupéry reconnaît dans le sud chilien ce mariage de violence et de paix, de sérénité et d’effroi. «Près de Punta Arenas, disait-il, les derniers cratères des Andes se referment. Une infinie pelouse d’herbe recouvre les courbes des volcans.»

La Patagonie n’est pas le fait exclusif du Chili.
Sa portion argentine, dans le bassin hydrographique
de l’océan Atlantique, se révèle même plus large,
plus plate et plus propre au peuplement humain.
Son pendant chilien souffre d’un isolement
et d’un recul accrus du fait que sa partie
méridionale se voit coupée du reste du territoire
continental chilien par une géographie cruelle.
Un hélico tenta durant 3 jours de secourir
trois montagnards blessés et immobilisés
sur la face est du pilier central du Paine,
à 3000 mètres d’altitude. Un 3000 ici vaut
largement un 4000 dans les Alpes, vu les
conditions climatiques particulièrement difficiles.»

Pluies, neiges, forêts primitives, cascades géantes, brumes obstinées, pistes et steppes gelées en hiver par moins 20 degrés, ports oubliés au fond des fjords avec leurs cabanes en bois, aux couleurs vives, luminosité extrême de l’été austral, de décembre à mars. La Patagonie chilienne et argentine est un mariage de violence et de paix, de sérénité et d’effroi.


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Extrait de l'article publié dans PASSE-FRONTIERES, août 2008,
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