| RIVIERES VIERGES DE PATAGONIE RAFTING EN EAUX SAUVAGES Images et texte PIERRE PASCAL |
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« Si nous ne sommes
pas rentrés dans deux jours Richard, Philippe et Nicolas sont trois Français, quasi Chiliens, installés à Puerto Varas depuis 6 ans. Le premier navigue en raft et kayak sur les rivières sauvages de la région, le second dévale les canyons d’eau vive en combinaison de plongée et le dernier a créé une auberge où il enseigne aux voyageurs de passage l’environnement local et la culture des Mapuches, les Amérindiens natifs. Trinquez avec eux et trois gouttes de votre pisco (alcool local) finiront sur le sol, une offrande à la Terre Mère, Pachamama. Les trois «bons conquistadores» ne sont pas les premiers étrangers à avoir mis les pieds en terre patagone. D’autres aventuriers de tous les genres avaient ouvert la voie.
Parce qu’il devait mettre quelques milliers de kilomètres entre lui et les détectives de l’agence Pinkerton qui avaient juré en retour d’une «poignée de dollars» de le cravater, Robert Leroy Parker, plus connu sous le nom de Butch Cassidy, s’était réfugié non loin d’ici, côté argentin, avec son acolyte Sundance Kid. L’immensité patagonienne lui offrait la protection et un travail honnête d’éleveur de moutons. Cela ne dura qu’un temps, évidemment, sa première vocation, le pillage des banques, reprenant vite le dessus. Leur glas sonnait quelques années plus tard en Bolivie. Tout comme celui d’Ernesto «Che» Guevara qui perdit également la vie dans le pays de Simon Bolivar bien après que les premières lettres de sa légende, son «carnet de voyage», furent écrites en Patagonie. Dans les années cinquante, l’étudiant en médecine, avant de devenir le compagnon de révolution de Fidel Castro, roula vers le sud de l’Argentine à cheval sur sa moto anglaise de marque Norton. Enfin, pour compléter le fameux triptyque, et parce que, enfant, il rêvait devant un fragment de peau attribué à un brontosaure de Patagonie conservé dans le buffet de sa grand-mère, Bruce Chatwin, l’intense écrivain voyageur, sillonna le sous-continent et en ramena un merveilleux récit. « VOUS NE REVIENDREZ JAMAIS ! » «Si vous n’entendez pas parler de nous d’ici deux jours, envoyez un hélicoptère, un zodiac, ce que vous voulez… Nous serons coincés au pied d’une falaise, dans un contre courant et nous attendrons les secours…». Le rio Puelo n’a jamais été descendu en raft, ou plutôt, personne n’en a fait le récit. La rumeur locale murmure que trois Argentins partis naviguer au début de l’été austral ne sont jamais revenus. L’affaire est enterrée, on les considère comme noyés. Sans téléphone, journaux ou télévisions, les «on-dit» peuvent mettre ici quelques semaines à devenir information. Nous sommes à deux jours de voiture, canot à moteur et cheval de la première route fréquentée. Quatre compagnons de voyage : Richard le capitaine, Patagone à la barre, Nathalie dépêchée par le magazine québécois Geo Plein Air et le photographe, navigateur néophyte, moi-même. Premier camp de base, une plage de galets blancs en dessous d’un chalet construit par un Suisse ermite, fils d’explorateur ou de chercheur d’or, qui ne peut plus revenir vivre en ville. Durant les trois jours de descente, lui et quelques familles chiliennes seront nos seuls relais avec le monde civilisé.
Nous devons nous arrêter à chaque virage, dès que le serpent de la rivière s’échappe de notre champ de vision. Gravir une montagne et déceler chaque indice annonçant un rapide, croiser un habitant et le questionner… «Connaissez-vous quelqu’un qui a descendu la rivière en bateau ?». «Non !». Le premier danger en raft «hors piste» est de mettre les rames dans un rapide inconnu, incontrôlable, se laisser entraîner, dessaler ou chuter dans l’abysse d’une cascade. Ce petit stress, le sel nécessaire à toute aventure, fut l’épice subtile qui magnifia trois jours au cœur des paysages invraisemblables du nord de la Patagonie. Forêt d’alerces grimpant les flancs des montagnes, lacs naturels et eaux vives si turquoises qu’on jurerais pouvoir y tremper un pinceau et repeindre intégralement la première bicoque croisée. C’est parti, premiers coups de pagaies, premiers rapides, les jambes se resserrent comme un étau sur les boudins du raft pour ne pas tomber à l’eau. Des litres d’écume nous aspergent, le raft se tord, vire à droite, à gauche, fait un tour complet, chute et rebondit hors du bouillon d’eau vive. Les yeux de Patagone scrutent le torrent, les roches, les troncs à la dérive. Ils suivent le courant, lisent les courbes et anticipent le tout avec force et sérénité. Puis après la tempête, vient le bivouac. Délicieux beignets patagons au souper arrosés d’un petit vin chilien pour masser les courbatures. Nuit à la belle étoile passée à revivre la journée, espérer le lendemain, rêver de refaire le monde. Pachamama est la muse de tout randonneur. |
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