CHILI
PATAGONIE
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NICOLLO CANTARUTI et texte PASSE-FRONTIERES
 

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TERRES OUBLIEES
PATAGONIA

Première glissade, accélération, bobsleigh sur les fesses, plongeon et bouillon.
Et ainsi de suite durant deux heures. Philippe virevolte, saute, plonge
de 5, 10, 15 mètres de haut.


LE VENT DES CRIS ET DES SANGLOTS

Le «vent des cris et des sanglots» dont parle joliment Gabriela Mistral, poétesse chilienne est le premier des éléments marquants de la Patagonie. Il dévale du Pacifique, froid, puissant, parfois furieux, courbe les branches noueuses des arbres et les silhouettes des hommes. Il s’engouffre dans le labyrinthe des vallées pour en ressurgir en rafales de 150 km/h puis s’éteint subitement, sans aucun signe avant-coureurs, et laisse place à une journée inespérée, calme et ensoleillée.

La Patagonie est une terre de douceur et de désolation, de sérénité et d’effroi. Un lieu imprévisible au charme hallucinant, toujours largement inexploré. Ces éléments naturels surpuissants sont les garde-fous des clubs et autres grandes structures touristiques. Place aux explorateurs et aux artistes. Originaire de la Patagonie, Pablo Neruda, un des grands écrivains chiliens, n’a jamais oublié ces forêts d’araucarias, l’autre arbre endémique de la région. «Après avoir parcouru toute la planète, disait-il, ces territoires m’appellent avec le battement de la pluie d’hiver. Pluies, neiges, forêts primitives, cascades géantes, brumes obstinées, ports oubliés au fond des fjords avec leurs cabanes en bois, aux couleurs vives…».

Mais les terras incognitas se font de plus en plus rares sur notre petite planète. Dans la Région des Lacs, «l’hectare valait le prix d’un hamburger», ou presque, entraînant une nouvelle ruée vers l’or vert. Puerto Varas, c’est la région de Chamonix ou du Mont Tremblant il y a 30 ans. Et déjà le maire déracine les arbres sur la place publique pour gagner une poignée de mètres carrés achetés à prix d’or par les promoteurs immobiliers. Et poussent casinos, cabanes à frites et chalets-blockhaus. Ici aussi, l’argent étourdit le raisonnement, pervertit l’âme. Au nord, les Mapuches sont dépossédés de leurs terres par les entreprises forestières. Coupes à blanc, cultures extensives d’eucalyptus et production outrancière de pâte à papier dans un pays que ne connaît pas encore le recyclage. Quand le tourisme rural et les produits équitables effleurent les esprits de l’hémisphère nord, le Chili vend ses terres aux plus offrants. La Barrick Gold, multinationale américano-canadienne, envisage de pulvériser un glacier en Patagonie australe parce que des réserves d’or auraient été détectées en dessous. Du jamais vu auparavant dans le monde ! Et nul ne sera surpris d’apprendre que George Bush senior est un des actionnaires du sinistre projet. Exode rural annoncé et bouleversement de tout un écosystème, comme si les temps n’étaient pas déjà annonciateurs de catastrophes écologiques.


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Extrait de l'article publié dans PASSE-FRONTIERES, août 2008,
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