CORDILLÈRE CENTRALE
ARAUCANIA
Images et texte
PIERRE PASCAL
 

CATALOGUES
TERRES OUBLIEES
PATAGONIA

Chili, région d’Araucania. Une vision vierge extirpée de la campagne de nos
grands parents. Pas de barrière, pas de construction et une nature laissée
parfaitement libre depuis ses origines. La campagne chilienne est vraie, sans
compromis, pour l’instant. Un arrière-pays pour ceux qui prennent le temps.


LA CAMPAGNE D'ANTAN

L’Araucania était à l’époque la frontière entre le territoire contrôlé par les Espagnoles et les terres vierges des Indiens natifs Mapuches. De la même manière qu’aux États-Unis, les Indiens combattirent les Espagnols, puis le gouvernement chilien jusqu’à la fin du XIXe siècle.

En 1860, Orélie-Antoine de Tounens, avoué originaire du Périgord, débarque en Araucanie où il est rapidement porté en triomphe par les Mapuches, qui voient en lui le sauveur qui les libérera des exactions chiliennes. Le 20 novembre 1860, il est proclamé premier roi d’Araucanie et de Patagonie. Deux ans plus tard, il est expulsé et rapatrié en France. Là-bas, il continue son combat en lançant une souscription qui ne rencontre que les moqueries de la presse. Ayant tenté à plusieurs reprises de regagner son royaume, il sera expulsé à chaque fois par les autorités chiliennes ou argentines.

Les Mapuches sont encore majoritaires dans la région. Leur langue, le mapudungún, est à présent enseignée dans les écoles. Depuis quelques années, des journaux et radios diffusent des informations dans cette langue renaissante. Mais la situation n’est malgré tout pas réglée, car les Indiens revendiquent des droits sur des terres qui leur appartenaient par le passé et qui sont de nos jours aux mains de grands propriétaires terriens ou de multinationales chargées d’exploiter les ressources forestières. Une culture et un territoire de nature préservée sont en péril. La campagne d’Araucania est toujours une des plus vierges du sous-continent américain, en particulier quand on s’approche des parcs nationaux qui bordent la Cordillère, tous ponctués de volcans aux formes parfaites.

Il est 6 heures du matin. La brume se lève en même temps que le soleil darde de ses rayons la campagne humide. Je décide de décoller, de voler au-dessus des nuages. Passé les premiers instants dans un univers cotonneux, je dépasse la couche vaporeuse pour voir surgir au loin le sommet conique du volcan Llaima. Au-dessous, des champs à demi remembrés, des haies grasses, des forêts qui alternent avec le graphisme des sillons cultivés. Cette campagne me disait bien quelque chose. Elle parait identique à celle qu’ont connue mes grands parents, avant qu’elle ne soit défigurée par l’agriculture extensive, que le moindre bout de terre arable soit gagné sur les haies, les bosquets et les forêts. Je survole la campagne bretonne d’il y a 50 ans, avec au loin, en point de mire, la Cordillère et ses majestueux volcans, loin d’être endormis.

PPosé entre le lac Villarrica et le « fumant »
volcan du même nom, Les alentours de
Pucon offrent des attractions pour tous
les goûts. Deux parcs nationaux et
une réserve privée qui protègent l’habitat
des forêts centenaires, diverses rivières
qui assurent le plaisir des pêcheurs
et des sportifs avides de rapides.
 

À Pucon, les habitants vaquent à leurs occupations quotidiennes. L’endroit est somptueux, posé entre une chaîne de montagnes habillée d’araucarias, les arbres endémiques à la région, et un grand lac profondément azur. Pourtant, telle une épée de Damoclès, du haut de ses 2 847 m, le « massif et fumant » volcan Villarica menace perpétuellement la ville. Ce cône basaltique à cratère ouvert est un volcan violent. Sa dernière éruption, en 1971, ouvrit une fissure de 4 km de large d’où jaillirent 30 millions de mètres cubes de lave. La plus grande coulée faisait 14 km de long sur 200 m de large. Plusieurs cours d’eau furent détournés. Les glaciers fondirent et se transformèrent en torrents de boue meurtriers. Chaque jour, le Villarica crache fumées, cendres et laves. Certains s’en inquiètent, d’autre pas. Vivre au pied d’un tel géant n’a pas de prix.

UNE FIN DU MONDE LOCALISÉE

Les parcs nationaux qui jalonnent l’Araucania sont nombreux et majestueux. Mais le plus atypique est certainement celui du volcan Lonquimay. Le 25 décembre 1989, surgit des flancs nord-est du Lonquimay (2 865 m), un cône qui projeta laves et cendres durant près d’une année. La haute teneur en fluor et les propriétés abrasives des cendres qui couvraient toute la région entraînèrent la perte de quelques milliers de têtes de bétail du cheptel local. Le spectacle qui en résulte est extraterrestre. Des cônes noirs dominent des pentes de sable rouge. Des Araucarias recommencent à peupler les sommets. L’eau vive coule à nouveau, creusant son chemin dans les conduits souterrains obstrués. Spectacle d’une nature qui reprend vie après cette fin du monde localisée.

La région de l’Araucania, au centre sud
du chili, est l’expression de l’inimitable
esthétique et de la surprenante
exubérance de la nature. Entre
cataclysmes volcaniques, sculptures
glaciales, pluie et neige, rivières, torrents
et forêts pluvieuses tempérées, les
paysages en mouvement se
modèlent en permanence.
 

Plus au Sud, Melipeuco, petit centre urbain mapuche, me replonge dans les Andes traditionnelles. Les gauchos chiliens sillonnent sa campagne à cheval, dirigent les petits troupeaux de vaches ou de moutons, vivent comme on le faisait il y a 50 ans en France, mais avec téléphone portable et Internet en plus. Un monde parfait !


accueil / pages patagonie




CHILI
22 €, 512 pages


ARGENTINE
26 €, 512 pages


ACHETEZ VOTRE
GUIDE PATAGONIE
ABONNEMENT UN AN OFFERT
CLIQUEZ ICI