TIBET
LES DALAI-LAMAS
Texte de Catherine Metayer. Images d'archives.


Le bouddhisme tibétain fascine par sa magie et sa candeur. Dans cet univers, le dalaï-lama incarne la quête ultime de sagesse. Chacune de ses réincarnations se reconnaît par des signes prodigieux. La nature prend aussi part à cet enchantement. On dit qu’une lumière blanche cristalline indique la présence du dalaï-lama. Les rituels de divination des oracles guident aussi le choix de la sainteté bouddhique. Depuis 600 ans, quatorze dalaï-lamas se sont succédés. L’histoire de leurs premiers règnes demeure largement méconnue des Occidentaux. Grande épopée façonnée de secrets et d’intrigues, elle reste pourtant fascinante. Victimes de conflits sanglants, d’enlèvements ou d’empoisonnements, les dalaï-lamas ont rarement pu conduire les affaires politiques tibétaines. Seuls quatre d’entre eux ont atteint l’âge de la majorité.

Il est largement ignoré, même des Tibétains, qu’il y eut deux sixième dalaï-lamas. Le premier, Tshangyang Gyatso, mit l’institution politique tibétaine en péril lorsqu’il renonça à ses vœux. Il fuit en Inde et se consacra à une vie de yogi itinérant, laissant par le fait même le Tibet orphelin de son chef. Un thanga du XVIIe siècle le représente avec une longue crinière, orné de bijoux et d’élégants vêtements de brocart bleu. Avant sa mort, il composa une chanson annonçant la renaissance imminente du sixième dalaï-lama.

L’on connaît mieux les deux plus récents dalaï-lamas qui forcés à l’exil, portèrent le message d’indépendance du Tibet au-delà de ses frontières. Thubten Gyatso, treizième de la lignée des dalaï-lamas, fut à la fois un grand maître spirituel et un fin politicien. Il proclama l’indépendance du Tibet. Sa mort en 1932 annonçait, selon les oracles de l’époque, la réincarnation d’un nouveau dalaï-lama auréolé d’un karma de protecteur. Tenzin Gyatso, l’actuel dalaï-lama fut contraint à l’exil par l’occupation chinoise au lendemain de la prise du pouvoir de Mao Tsé-toung. Le 31 mars 1959, il entreprit une longue marche, accompagné de plus de cent mille Tibétains. Il traversa les portes du Tibet qui, alors qu’il était encore enfant, l’avait reconnu et consacré dalaï-lama. Exilé à Daramsala, il se dédie depuis à l’enseignement de la compassion bouddhiste. Devenu l’un des maîtres à penser de l’Occident, il reçu en 1989 le prix Nobel de la Paix. Le dalaï-lama exprime toujours le souhait de retrouver sa patrie. L’histoire de son peuple d’à peine deux millions d’âmes, vivant dans les montagnes enneigées de l’Himalaya, suscite à coup sûr intérêt et compassion. La réserve des Tibétains et la sagesse de leur chef laissent poindre l’espoir qu’ils retrouvent un jour le mythique Shangri-la, cette terre de pureté et de beauté absolues.


Dans un petit village tibétain de la

région de Dakpo, un tremblement de

terre a laissé une seule maison intacte

sur son passage. Sur son seuil, un arbre

fleurit en plein froid himalayen. Puis,

un arc-en-ciel apparaît au-dessus de

la maisonnée. Un enfant naît alors

avec au milieu du crâne un signe divin,

un unique cheveu blanc. Il récite déjà

des mantras qu’on ne lui a pas encore

enseignés. L’on reconnaît alors en lui

la réincarnation du treizième dalaï-lama,

Thupten Gyatso. Son règne s’amorce

sous d’heureux auspices, puisqu’il

proclame en 1912 l’indépendance du Tibet.



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LES DALAI-LAMAS
Martin Brauer

49 €, 303 pages
Editions Favre


Les travaux dirigés par Martin Brauen offrent un voyage à travers six cents ans de réincarnations, de déités protectrices, de mythes, de philosophie et d’histoire du bouddhisme tibétain.