DESERT
CHRONIQUES SAHARIENNES
Textes Passe-Frontières, image de Jean-Luc Manaud


Vous lisez Un thé au Sahara de Paul Bowles ou Méharées de Théodore Monod et votre imagination commence à carburer à plein régime. Quelle est l’odeur du désert ? Et le silence absolu est-il angoissant ou inspirant ? Demain j’enlève une princesse arabe et chevauche vers le cœur de l’immense Sahara.

Premier jour et premier mirage, les tentes des Touaregs sont posées en demi-cercle au milieu d’un « edeven » rose (champ de dunes en tamachek), en bas de falaises noires. En face, l’horizon invite à une grande aventure. Il fut un temps, l’Homme n’était que nomade, infatigable et courageux, comme le sont toujours les peuples du pays. Dans un silence impressionnant, des dizaines de dromadaires tanguent dans le désert. Les hommes bleus qui les guident fixent l’horizon immuable et progressent sous un soleil qui les brûle aussi bien par le haut que par le bas. Une ligne de points en suspension au milieu d’un papier sépia, une scène surgie du passé. C’est l’azalaï, la dernière des grandes caravanes qui pendant plus de deux millénaires ont traversé le Sahara du nord au sud et d’est en ouest. Même si on l’a déjà fait plusieurs fois, ce voyage n’est jamais le même. Le désert est une entité vivante, mouvante, avec des dunes qui souvent se déplacent de plusieurs dizaines de mètres d’une année à l’autre.

Avec juste la quantité d’eau nécessaire et des animaux lourdement chargés, le moindre détour peut se révéler dangereux. La dernière fois qu’une caravane s’est perdue, c’était en 1967. Onze hommes en faisaient partie. L’un d’eux est mort et les dix autres sont restés en vie uniquement parce qu’ils ont égorgé les cent cinquante chameaux qui les accompagnaient et bu leur sang.

Il n’y a pas que les dunes qui se jouent des voyageurs. Les énormes montagnes s’amusent à prendre tantôt l’aspect d’une pyramide, tantôt celui d’un château ou d’un bateau échoué au beau milieu d’une mer de sable. Marcher seul sans vous retourner durant un kilomètre et au retour, le paysage que vous venez de traverser vous semble totalement nouveau. Pendant au moins quelques minutes, l’imprudent se sent totalement perdu. C’est sans doute à ce moment qu’il perçoit le mieux les bruits du désert. Le battement de son cœur d’abord, quand il escalade une dune pour espérer embrasser du regard un horizon connu. Le chant des dunes ensuite, quand le vent siffle en dévalant les reliefs et selon la légende guide les caravaniers.

Quand l’homme a-t-il déserté le Sahara ? Et ne l’a-t-il jamais déserté ? Par des expériences propres, par les histoires, les lectures et les photographies, le Sahara fait partie intégrante de l’imaginaire des gens riches du nord. Havre de fuite, de paix puis de solutions, ceux qui s’y rendent le savent : le désert est le premier antidote contre bien des maux.



30 ans de regards, de rencontres avec les paysages
et les hommes
et femmes qui peuplent ce désert.
Un passionné qui offre aussi une vision actuelle du Sahara
et montre
toujours avec poésie la réalité de ce monde fragile
et les problèmes
auxquels il est confronté
(sécheresse,
sédentarisation, etc.)


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CHRONIQUES SAHARIENNES
P.Guicheney et J-L. Manaud
59 €, 184 pages, Le Chêne,
Editions du Chêne


« Habité par une nostalgie sans doute irréparable, je chercherai toujours à capter la beauté, ou plutôt le souvenir de la beauté du Sahara, de ce paradis d’enfance désormais interdit. Ce monde est le mien depuis toujours… »