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NEPAL
GRIMPEURS DE L’IMPOSSIBLE
Textes et photographies de Ray Wilson
Bien souvent, on s’est interrogé sur l’incroyable aptitude des sherpas à affronter la montagne. La réponse est sans doute à deux niveaux. D’abord un gros cœur, comme on dirait un gros moteur pour alimenter la machine. Et compenser ainsi le déficit d’oxygène des altitudes auxquelles les sherpas vivent, soit 3 500 mètre en moyenne.
Peut-on parler de mutation ou simplement d’adaptation, si l’on prend en compte la longue durée d’existence de cette population à de telles altitudes, 500 ans au Népal et beaucoup plus au Tibet ? Voilà bien aussi un autre élément de mythe : ce que nous savons de l’histoire des sherpas, ce peuple qui étymologiquement « vient de l’est ».
Vers 1530, pour on ne sait quelle raison exacte, conflit religieux ou cause économique, ce peuple originaire du Kham au Tibet, franchit l’Himalaya par un redoutable col de 5 700 mètres, le Nanga-La, et vient s’installer dans la région inhospitalière et inhabitée du Solu-Khumbu. Petit à petit, les sherpas vont s’installer et descendre lentement vers le sud, jusqu’à Sikkim, à Darjeeling. L’Himalaya devient ainsi le pays des sherpas. On l’aura compris, le mot sherpa ne veut pas dire « porteur ». Sherpa est bien le nom d’une ethnie, ce n’est que par commodité et sans doute aussi par ignorance que la confusion sémantique s’est opérée entre le nom de l’ethnie et la réalité d’une fonction qui leur est souvent attribuée par erreur.
Voici donc ce petit peuple d’environ 50 000 personnes aujourd’hui qui s’installe dans l’un des endroits les plus inhospitaliers de la planète, perpétuant une tradition de nomades éleveurs de Yaks. Ils se sédentariseront petit à petit et développeront une agriculture de subsistance faite d’orge, de maïs et, à partir du XIXe siècle, de pommes de terre.
Liberté, bonne humeur, piété et une gentillesse fondamentale caractérisent la famille ou le père fait régner une douce autorité. La Sherpani jouira d’une grande liberté avant son mariage. On peut même dire qu’il existe une sorte de mariage à l’essai chez les Sherpas. Sans doute est-ce l’une des raisons de leur équilibre. Qui sait ? Mais depuis les années cinquante, ces conditions changent. Les Sherpas, toutes proportions gardées, sont devenus relativement riches. À force de travail, ils incarnent certainement une des ethnies les mieux loties du haut Népal.
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SHERPAS ET AUTRES
ETHNIES DE L'HIMALAYA
de Ray Wilson
35 euros, 130 pages
Edition Favre
Que sait-on vraiment de ces hommes pudiques, de ce qu’ils pensent, de leurs joies, de leur douleur ? Ray Wilson a voulu dépasser le cliché et percer le mythe. Mais il est difficile de le leur demander, ils ne parlent jamais d’eux-mêmes. Il fallait trouver la démarche, la faille, le moment d’abandon. Par la magie de la caméra, les Sherpas sont saisis dans une situation totalement insolite, en dehors de leur cadre familier. Alors, ils marquent leur surprise, leur étonnement et insensiblement ils s’abandonnent. C’est l’expression de la dignité de tout un peuple qui s’exprime dans l’évidence.
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