PHILOSOPHIE - LA VOIE BOUDDHISTE
FENETRE SUR LE TIBET ORIENTAL
Texte Passe-Frontières. Images de Matthieu Ricard.
TIBET
REGARDS ET
COMPASSION
de Matthieu Ricard
39 €, 230 pages
Edition Martinière

Au Tibet oriental, les moines bouddhistes pratiquent l’art de la contemplation. Les vastes prairies florissantes, les fleuves sacrés et les montagnes escarpées forment un jardin spirituel idéal où nomades et moines cultivent sagesse et compassion.
Le jour se lève sur le Tibet oriental. Un vent dépose une brume épaisse sur la place centrale du monastère de Schéchèn.

Les moines, bravant le froid matinal, se couvrent la tête de leur tunique rouge. Prières, mantras, une dizaine de moinillons accourent en désordre. Prenant déjà part aux pratiques spirituelles, ces enfants prononceront leurs vœux le jour de leur vingtième anniversaire. Dès lors, ils seront tenus de partir en retraite pour une période de trois ans, trois mois et trois jours. Puis, ils effectueront un pèlerinage vers le Potala de Lhassa tous les douze ans. Une année durant, les nouveaux moines suivront le chemin des lieux saints du Tibet sur lequel ils se prosterneront tous les trois pas devant les déités. Dans la province du Kham, la vallée de Dzongsar reçoit les pèlerins autour de sites purs et sacrés tels la Grotte de cristal et le Lac turquoise où on ne pratique ni la chasse, ni la pêche.

Lorsqu’ils sont consacrés moines érudits, les jeunes étudiants du monastère de Schéchèn peuvent séjourner dans l’une des grottes perchées en flanc de montagne. Au sommet de ces collines découpées par le fleuve Yangtsé, un maître célèbre, Dilgo Khyentsé Rinpotché, a vécu trente ans de retraite silencieuse. Plusieurs moines viennent y communier, sans confort, avec la nature. Ils occupent de petites grottes creusées dans la roche. Derrière un rideau accroché à l’entrée, un foyer de glaise, quelques provisions de farine d’orge et de thé au beurre, des recueils spirituels et un petit autel leur suffisent pour passer un hiver complet à plus de 4 000 mètres. Des drapeaux de prières multicolores sont érigés sur des hampes au sommet des collines. Une croyance veut que leurs invocations soient portées jusqu’aux dieux lorsque le vent se prend dans leurs toiles.

Lorsqu’un maître important fait le voyage d’un monastère jusqu’aux collines, les cavaliers nomades qui peuplent les plaines environnantes guident sa route. Ils endossent leurs plus beaux habits, des pantalons de soie bouffants, des manteaux tricotés de laine et des turbans colorés. Durant les retraites, ils apportent des provisions aux moines sédentaires. Bien qu’ils déplacent leurs campements au début de chaque saison, ces habitants, autant bouddhistes que nomades, réservent toujours une petite place dans leurs maisonnées pour un autel décoré de photos plus ou moins récentes du Dalaï-lama. L’hiver, sous l’épaisse toile de leur tente en poils de yak, les familles invitent des moines à les visiter. Ils reçoivent alors des enseignements spirituels et récitent des mantras. Au Tibet, nomades et moines partagent une même ferveur bouddhiste, qui s’exprime par un vœu pieu de conserver la nature et les traditions intactes. Le bouddhisme envoie au peuple tibétain un message de compassion et d’espoir qui transcende la rudesse de son quotidien et de son histoire ancienne et récente.

Entre ciel et terre, le Kham,
cette province du Tibet historique
annexée par la Chine, s’élève en un
lieu sacré qui offre des paysages
d’une beauté surnaturelle. De
petits déserts, dont les minéraux
peignent tantôt des teintes
rougissantes, tantôt la blancheur
d’un décor de pierres lunaires,
côtoient l’Himalaya enneigé
et les plaines verdoyantes.


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