CERF-VOLANT
L'INDE VUE DU CIEL
Image Nicolas Chorier - texte Passe-Frontières



 


EN VOL
AU-DESSUS
DE L'INDE

Nicolas Chorier
42 €, 192 pages
Ed. Martinière





Voyage en INDE
avec ARVEL
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Bénarès et les cheveux de Shiva. Les rituels hindous imposent à leurs croyants que les cendres des morts soient dispersées en mer ou dans des eaux allant vers la mer.

Le défunt est ainsi transporté vers sa nouvelle vie. Si l’on confie les cendres d’un mort au Gange qui symbolise les cheveux de Shiva, sa nouvelle vie sera meilleure. Cet acte permettra même d’accélérer le cycle des réincarnations pour atteindre, enfin, la moksha ou délivrance, c’est-à-dire la sortie du monde réel.

Bénarès n’est pas seulement «mystique» pour les Indiens. Son aura, son énergie touche aussi le petit monde des voyageurs. Car la ville revêt une architecture moyenâgeuse aux reflets d’une splendeur d’antan. Un plongeon dans l’histoire miraculeusement préservée d’un pays pourtant parmi les plus «frénétiques» du XXIe siècle. Des palais robustes mais décatis s’achèvent en larges escaliers (les ghâts) qui longent les rives brumeuses du Gange sur 7 km. Une vapeur laiteuse isole ici chaque petit matin du reste du monde, laissant juste entrevoir, voir seulement entendre les clapots du fleuve. Puis tout s’évapore, s’éclaircit. Trois coups de balais, les terrasses sont lessivées et le spectacle commence.

Des centaines de citadins ou pèlerins prient, se lavent, se purifient, se rasent et font ensuite don de leurs cheveux au fleuve. Plus loin, les jeunes jouent au cricket sur un terrain très accidenté. Les faux rebonds envoient la balle vers les bouses de vaches, futurs combustibles en train de sécher, puis vers les lavoirs. Le jouet maléfique souille au passage un ou deux saris étendus sur le sol. Les lavandières essaient de l’attraper au vol, un autre faux rebond, elles y renoncent mais finiront quand même par tirer deux ou trois oreilles.

Tous les passants ou presque font l’aumône aux sâdhus imperturbables. à droite, ceux-là pratiquent le yoga, à gauche d’autres soulèvent des poids, leurs corps d’haltérophiles un peu rondouillards et bien huilés. Un cirque vivant, une cour des miracles réincarnée. En trame sonore, le doux son des conques et des cloches à prière, nullement perturbé par celui un peu plus strident de la musique pop hindi.

L’autre côté du fleuve n’est que le pendant maudit de Bénarès, le grand rien. Face aux ghâts, une plage aux formes d’un désert. Pas une bicoque, peu de passants. L’autre rive du Gange est hantée et même les plus voraces agents immobiliers n’osent y couler des fondations. Peu de trafic entre les deux rives, un peu plus quand on y tourne un film de Bollywood, quand le vent incite à faire voler les cerfs-volants ou quand les familles s’y réunissent le dimanche autour des nappes de pique-nique.

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