NATURE - QUATRE SAISONS DANS LE DESORDRE
HIER C’ÉTAIT L’HIVER
Images de Vincent Munier. Texte Passe-Frontières.

Sur le col du pôle Nord, les neiges semblent avoir fixé éternellement le paysage. Des vallons cristallins ont déjà englouti l’horizon. Le froid installe un choral feutré dont on distingue nettement chaque soubresaut. Tout mouvement devient plus difficile, plus calculé, plus lent. Pour chaque homme, chaque bête, la pesanteur de l’hiver force au recueillement des pensées, à l’économie des gestes.

Avant de se résigner à hiberner, l’ours brun canadien profite des derniers points d’eau. Solitaire et gourmand, il se baigne dans un étang brumeux découpé par des falaises rocheuses. Il sillonne les forêts boréales à la recherche des réserves de champignons, de racines et de fruits rouges. À la même période, les cygnes sauvages du Japon mouillent leurs plumages blancs dans les eaux calmes des lacs qui tardent à geler. Lorsqu’ils se décident enfin à quitter le froid, leurs grandes pattes noires laissent la trace de leur migration dans la neige.

Dans l’Arctique, le turquoise d’un lac s’émeut encore sous le soleil, tandis que la glace qui le recouvre commence à se solidifier. La lumière jette des reflets majestueux sur ces glaces flottantes au gré des variations du jour. Le crépuscule répand un halo bleuté, le soleil de midi rend un blanc pur, tandis que des ombres dorées baignent la fin du jour. Alors que le froid extrême s’installe et que le vent le pousse à travers la toundra scandinave, les bœufs musqués continuent de se déplacer avec aise. Muni d’un épais manteau de poils bruns effleurant le sol, leur corps robuste leur donne accès à la seule nourriture disponible : herbes, lichen et mousse.

Sur l’île d’Hokkaïdo au Japon, l’hiver est plus doux et contemplatif. Une brève accalmie permet à une neige fine et brillante de s’accrocher aux branchages. Ici et là, une mésange charbonnière, dont les ailes fines et agiles évoquent des corolles argentées, cherche fébrilement les premiers fruits des arbres. Non loin d’elle, un jaseur boréal se bombe le torse. Son plumage caramel s’harmonise avec le brun des branches dégarnies. L’oisillon secoue une petite queue jaune et noire en chantant ses premières notes de la saison. À travers la forêt éparse, on remarque la présence subtile des cerfs à la recherche de bourgeons. Enfin, les grues du Japon, de grands oiseaux à la parure blanche, noire et rouge, amorcent déjà leurs danses nuptiales. Le printemps s’insinue en douceur par les herbes dorées qu’il fait jaillir de la neige et les bourgeons qu’il fait tressaillir, comme pour laisser à la nature de l’Arctique le temps de faire son deuil de l’hiver.


Au cœur du Grand Nord canadien, sur
un duvet d’un blanc soyeux, un harfang
des neiges déploie ses ailes immenses
dont les pointes tachetées de noir font
virevolter la neige fraîche. Ses yeux
jaunes jettent des regards furtifs. Perché
au-dessus d’une forêt de sapins, l’oiseau
prend son envol en direction des sous-bois
grouillants de petits rongeurs. Au-dessus,
sur son perchoir givré, une minuscule
mésange noire observe ce petit monde
de neige, de glace et de vie.


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BLANC NATURE
de Vincent Munier
35 €, 160 pages, éditions Hermé
Groupe Martinière

De l’Alaska au Japon, la rudesse de l’hiver rivalise avec la beauté de son manteau cristallin. Lorsque le froid atteint les hautes latitudes, le monde semble se pétrifier. C’est dans ce moment d’immobilité que l’Arctique déploie toute sa splendeur.