ETHIOPIE
LES PEUPLES DE L'OMO
iImages de Hans Silvester

Assouan, Égypte. La statistique est presque dérangeante. 85 % du débit du Nil serait issu de sa branche Éthiopienne. Hérodote écrivait que l’Égypte était un don du Nil. Et le fleuve qui fait vivre l’Égypte n’est-il pas aussi un don de l’ancien Royaume de Nubie ? Opinion partagée par bien des Éthiopiens ! Le Nil est le fleuve de la « maison commune » du continent africain, il est à la génèse des deux plus anciens États d’Afrique et peut-être du Monde !

VALLÉE DES DERNIERS GUERRIERS

L’Omo, une vallée parmi les plus inaccessibles du continent. Des cartes topographiques indiquent très approximativement des pistes régulièrement inondées ou quasiment disparues sous des lits de poussières. Quand il est au zénith, le soleil darde impitoyablement ses rayons sur les terres basses où les températures frôlent les 40 °C à l’ombre. Parmi les imprévus de ces paysages, une rivière rafraîchissante pour les crocodiles qui, surpris la gueule ouverte en plein sommeil, fuient les hommes en approche par un plongeon dans les eaux boueuses. Au-dessus, des aigles, des ibis, des cigognes. Au loin, des éléphants, des zèbres et des léopards. La vallée de l’Omo est le refuge d’une flore et d’une faune exceptionnelle. Elle est aussi une des plus anciennes régions peuplées du monde, toujours une des moins connues.

La vallée de l’Omo compte vingt-deux groupes ethniques différents. Ceux des plus basses terres ont conservé les modes de vie anciens et traditionnels dominés par l’agro-pastoralisme. Ainsi, sur la rive nord du lac Turkana, se trouve un village surma. Accueil chaleureux d’un échantillon de cette société pastorale de 30 000 membres vivant sur autant de kilomètres carrés de savane. Visite de la case où les décisions se prennent dans une agora d’anciens. Dans un coin, on planque les Kalachnikovs importées du Soudan servant à la chasse au gros gibier, pourtant interdite au cœur des parcs naturels de l’Omo.

Un enfant passe devant la case, se laisse admirer. Son corps est un tableau vivant, tamponné de motifs pastel et floraux. L’enfant est le fruit d’une Afrique inconnue, isolée, celle que les images granulées des premiers explorateurs nous ont à peine laissé entrevoir. Les teintes sont les pigments des pierres volcaniques de la géante faille du Rift. Humectée, la peinture est apposée sur le corps de l’autre du bout des doigts qui deviennent tampons naïfs et spontanés. La séance achevée, les enfants se font gazelle, singe et papillon et s’en retournent enchanter la forêt primitive.

La genèse chrétienne identifie le Nil bleu, ici baptisé l’Abbay, au Geyon qui, avec l’Euphrate, arrose le jardin d’Eden. Opinion partagée par l’autre peuple élu, descendants de Salomon et de la reine de Saba qui identifient leurs hauts plateaux à la Terre Sainte. Dans ce bastion d’altitude, protégé par les profonds canyons de l’Abbay et de ses fils, s’est enracinée une multitude de civilisations originales qui se perpétuent depuis plus de vingt siècles. De très anciennes routes suivent les crêtes, plongent dans les gorges pour croiser des passages à gués périlleux et grimper les falaises d’un nouveau royaume.

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LES PEUPLES DE L'OMO
de Hans Silvester
120 euros, 500 pages
Edition de la Martinière

Batailles, retours de chasse, jeux d’enfants, parades… Lèvres étirées par des grands plateaux d’argile, lobes allongés, corps peints, marqués, scarifiés… Les tribus de l’Omo, hommes et femmes d’aujourd’hui aux modes de vie ancestraux. Hans Silvester a ramené une galerie de portraits. Rencontre avec l’inconnu.