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CUBA
DIMANCHE A CUBA
Texte de E. Manet, photographies de Christian Vallée.
A Cuba, la tradition catholique est encore très présente. Après quarante-sept ans de révolution, le dimanche est toujours considéré comme un jour sacré. Ce jour-là, on se promène, on flâne, on ne fait rien. Ou l’on effectue ses heures de « travail volontaire », ce qui est, en fait, une forme de sacralisation du travail. Le dimanche, le photographe a tout le loisir de se balader, de prendre son temps. Pas de pressions ni de tensions. Encore moins d’obligations. C’est une journée ouverte à toutes les tentations. Faire ou ne pas faire. Prendre cinquante clichés ou aucun. (...)
J’ai souvent l’occasion de rencontrer, dans des salons et des foires du livre, ou lors de signatures de mes romans dans les librairies, des personnes qui reviennent d’un voyage à Cuba. En règle générale, elles me parlent de la beauté du pays, de son histoire, de la situation actuelle… Un jour, une lectrice m’a dit une phrase juste et généreuse : « La vraie richesse de Cuba, c’est le peuple. » Mais la plupart du temps, on n’entend que des lieux communs sur le sujet, et un chapelet d’adjectifs galvaudés : « Les Cubains sont sympathiques, accueillants, gais », « Vous les Cubains, vous avez la fête dans le sang », etc. Et là où le bât blesse, c’est quand je vois bien qu’on attribue cette gaîté légendaire et ce sens de la fête du peuple cubain au triomphe de la Révolution ! En d’autres termes, avant la Révolution, Cuba était le « bordel » de l’Amérique, et les Cubains des gens tristes, moches. Et sans doute xénophobes ? Ce genre de réflexion, insultante pour l’histoire de tout un peuple, est hélas trop souvent exprimée par nombre d’Européens en mal de romantisme révolutionnaire…
Eh bien, non ! Sachez, bonnes gens, que la gentillesse, l’accueil chaleureux et la civilité dont la plupart des Cubains font preuve remontent à la plus haute antiquité de ce jeune pays ! (...) Je me permets d’avancer une explication possible de ce côté simpatico, et depuis toujours, du tempérament cubain… L’arrivée des esclaves africains comme, plus tard, l’afflux massif de travailleurs venus de Chine, de la Jamaïque et d’Haïti, ont produit sur notre île un singulier cocktail, déclinant une infinie palette de couleurs de peau : des métis de blancs et de noires, de jaunes et de noirs, de noirs noirs et de métisses couleur cannelle, cuivre, café au lait… (...) Un carrefour de sangs mêlés, de traditions, de mémoires anciennes enfouies au plus profond de la chair et de l’âme.
Je peux jurer sur ma bible, le Don Quichotte de Don Miguel de Cervantes, que les Cubaines et Cubains ont toujours été ouverts à la présence d’étrangers. Et que ce n’est pas « la fête cubaine » de la Révolution qui a forgé le caractère de ce peuple noble et digne. Vraie richesse, oui, d’une île qui alimente les fantasmes (positifs, négatifs) de nombreuses personnes dans le reste du monde.
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DIMANCHE A CUBA
de Christian Vallée, Eduardo Manet et Julien Cendres
38 euros, 155 pages,
Edition Hermé
En regardant les images de Christian Vallée, j’ai redécouvert certains aspects de La Havane que j’avais oubliés, de cette ville que j’ai pourtant tant de fois parcourue à pied, la nuit, le jour, et pendant des années ! En regardant ces images, je pensais à Guillermo Cabrera Infante, maître incontesté de la vie havanaise : qu’aurait pensé Caïn (son pseudonyme favori) des photos de Christian Vallée ?... Et j’entendais sa voix grave et chaude me souffler à l’oreille gauche, celle du cœur, avec son ton goguenard : « Je le reconnais, ce coin-là ! J’ai pissé un soir contre ce mur. Oui, là… Exactement ! »…
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