| JUNGLE ECHEVELEE ET IMMENSE SERENITE MEKONG, LA BEAUTE Image Lam Duc Hien. Texte Christine Nilsson |
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![]() LE MEKONG de Philippe Franchini et Lam Duc Hien 39,90 €, 240 pages Edition du Chêne Le Mékong, un cours d’eau civilisateur qui a tout vu : migrations de peuples et d’ethnies, création et disparition de royaumes légendaires. Mékong, route des animismes, de l’hindouisme, du bouddhisme, de l’art... |
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Mékong, la beauté de ces paysages paradisiaques, de ces temples dans la jungle échevelée, et l’immense sérénité de ces sourires n’en sont que plus poignantes. Tel un mirage, le village flottant émerge des brumes. Un miracle de vie. Une Venise de paillotes en feuilles de latanier avec des filets de pêche en guise de bannières. Des hommes apparaissent, le sarong noué sous leur torse couleur de bronze clair. Des jeunes filles se déplient, sylphides sirènes au visage lisse. Et partout des enfants nus que je jurerais amphibies. Une femme godille sa pirogue croulante sous les fruits. Dans l’encadrement d’une porte un coiffeur, blouse impeccablement blanche, taille au rasoir la nuque d’un vieillard. Muscs et odeurs me font regarder des choses que je ne vois pas, les porcs sur le lisier flottant, la cage aux crocodiles, le damier de poissons séchés, les jarres en terre cuite remplies de prahoc. Une impression de paix infinie flotte dans l’air du soir. Et dans leurs yeux lumineux de joie de vivre. De ses monstrueux tentacules livides, la forêt étreint les ruines avec un amour furieux. Ici l’écorce se fait pierre, la bouche du dieu s’ouvre sur une fleur, la mousse verdâtre fourmillante d’insectes anime le galbe d’un ventre ou rehausse la saillie tremblante d’un téton. Des fougères échevelées naissent de ces pierres où une musique sculptée rythme, depuis des siècles, la danse lente et ondoyante des apsâras. Au Laos, Bouddha se décline au fil de somptueuses pagodes d’or et de moines safran. Une spiritualité lascive qui coule au fil du Mékong dans une alchimie de lumière et de sensualité qui nous fait revivre au présent les fastes d’Angkor d’alors. Et puis il y a les peuples des montagnes et des forêts, ces oubliés de l’histoire qui, ainsi, ont pu survivre. Des princes d’un autre monde. Le Cambodge et le Laos réveillent le blues de l’Indochine. Tous deux ont été les «petits frères pauvres» des colonies à côté du grand Vietnam, plus alléchant. Tous deux portent encore les stigmates des guerres d’Indochine et ont voulu exister par le communisme, avec les conséquences dramatiques que l’on sait au Cambodge. Tous deux ont été isolés pendant des années dans un long silence. Ils veulent s’ouvrir aujourd’hui. À nous de ne pas prendre leur âme. Pas un souffle de brise, l’eau noire brille sous la lune comme la peau d’un énorme batracien. Sur ma natte, j’écris, à la lumière dansante de la lampe à pétrole. Espionnée par six paires d’yeux, derrière les fentes de la cloison de latanier. De l’autre côté du chenal, de la grande pagode flottante les prières des moines montent dans la nuit.
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