VOYAGE - LA BOUSSOLE DE CLAUDINE INDIQUAIT L'EST
LOULAN BEAUTY, LE MILIEU DES MONDE
Photo Claudine Doury - Texte Passe-Frontières.
LOULAN BEAUTY

de Claudine Doury  

45 €, 128 pages
Edition Chene

Ces peuples sont marqués au fer rouge soviétique. Ils sont des pêcheurs sans mer, des enfants qui dansent pour faire revenir leurs parents partis travailler au loin. Et il y a Lola qui rêve d’Amérique à côté de tous ces hommes qui écoutent les sables chanter.

L’Est me fascine, dit Claudine Doury, parce que c’est un pays où l’on peut percevoir encore les traces du passé de l’époque communiste.

Mais ce passé est en train de disparaître à grande allure : d’où ce sentiment d’un monde en voie d’extinction. «Sans prétention, je veux fixer sur la pellicule des peuples et des traditions qui, un jour, disparaîtront.»

En Asie centrale, la terre est jaune pâle et tout est cassé, poussiéreux. Avant, il y avait la mer, un aéroport, une ville militaire. Avant, c’était au temps d’un avenir radieux que personne n’a jamais vu venir. À Aralsk (Kazakhstan), l’institutrice du village loue pourtant chaque année un vieux bus pour faire découvrir à ses élèves les rivages de cette mer d’Aral où elle se baignait autrefois. Mais il faut désormais accomplir plus de 100 kilomètres pour apercevoir ce qu’il reste de cette mer. «C’est un univers étrange», raconte Claudine Doury.  «L’eau est immobile, il n’y a pas un bruit. Au milieu de ce désert, on ne perçoit que l’odeur de l’eau salée. On a l’impression d’être au milieu de nulle part.»

Sur ces terres, on marche un peu sur les pas de Nicolas Bouvier. Il disait que les hommes ici ont des allures de flâneur, dispose de leur temps. «C’est une question d’échelle, dans un paysage de cette taille, même un cavalier lancé à fond de train aurait l’air d’un fainéant.» Et quand on le rencontre, ce promeneur, c’est lui qui fait office de guide de voyage car peu de livres ont été rédigés sur la région. Claudine Doury rencontre ces deux petites cousines élevées par leur grand-mère qui attendent le retour de leur mère partie travailler en Corée. Et qui dansent pour la faire rentrer. Il y a aussi Lola, cette jeune femme de la région de Tachkent qui rêve de partir à Moscou pour trouver un travail. Et ces femmes qui, revêtues de costumes folkloriques désuets, se livrent à une esquisse de ballet au pied des montagnes d’Almaty.

Ici tout est douceur et grâce, abandon et solitude. Un bus s’enfonce sur une piste poussiéreuse, un voile de brume crépusculaire nimbe la route de Samarkand : tout paraît quiétude sur ces terres condamnées à l’oubli. Le même voile de sable recouvre un cimetière orthodoxe du Kazakhstan et un lieu saint musulman du Xinjiang. Nous sommes bien au bout du monde. Mais nous sommes aussi au cœur d’une humanité profonde. C’est l’histoire d’un désert brûlé où, malgré l’abandon, la vie se poursuit. Et les rêves avec elle.

L’Asie centrale débute par l’Europe

de l’Est. «Quand le monde, comme

certains soirs sur la route de

Macédoine, c’est la lune à main

gauche, les flots argentés de la

Morava à main droite, et la

perspective d’aller chercher

derrière l’horizon un village ou vivre

les trois prochaines semaines.»

Nicolas Bouvier, écrivain voyageur suisse.



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