BOSNIE
FETE DE KIRCHWEIH
Images en photochrome, auteur inconnu, début XXe.
Extraits d’un ouvrage de Sabine Arqué et Marc Walter.
Incroyable, foisonnant, fascinant XIXe siècle ! Ce qu’il nous a laissé en héritage en matière de techniques, de sciences et d’industrie, comme d’ailleurs dans le domaine des arts ou de la littérature est incommensurable, car il fut totalement novateur. Chemins de fer, téléphone, électricité, automobile, avion, cinéma, photographie, toutes ces inventions (pour ne citer que celles-ci) virent le jour dans les années 1 830 à 1 890 et c’est véritablement une nouvelle ère qui s’ouvre à l’orée du XXe siècle.
Songeons seulement aux progrès qu’entraîne pour les voyageurs une telle révolution technique : en 1890, l’Orient-Express rallie Constantinople en six jours quand il fallait près de deux mois pour effectuer le même trajet au début du même siècle, et dans quelles conditions ! En 1869, l’année de l’inauguration du canal de Suez, Edmond About se rend en Égypte. Il prend le train à Paris, en seize heures il est à Marseille, six jours plus tard il débarque à Alexandrie : soixante ans plus tôt, Chateaubriand mit un mois et demi pour se rendre seulement d’Alexandrie à Tunis… Alexandrie où, s’étant dépêché d’arriver après avoir abrégé sa visite du Caire, il avait finalement dû attendre des jours un vent favorable ! Dans le même ordre d’idées, vers 1890-1900, la traversée de l’Atlantique du Havre à New York se fait en quatre à cinq jours, contre une quinzaine au moins en 1840, quand la mer était clémente. Quant au voyage à travers le continent américain, Edmond About évoque, en 1884, « ces colonies mouvantes que le train de New York transporte à San Francisco en cinq jours et demi, et qui parcourent cinq mille trois cent cinquante kilomètres, sans souffrir ni de la faim, ni de la soif, ni même des fourmis dans les jambes (…).» Rien à voir avec le lent et dangereux cheminement des convois de pionniers qui, quarante ans auparavant, mettaient des mois à gagner le Far West. On peut, à travers ces exemples, mesurer quelques-uns des progrès accomplis en un demi-siècle. Et même si nous trouvons aujourd’hui que seize heures pour se rendre de Paris à Marseille sont une éternité, il a tout de même fallu cent cinquante ans avec une technologie de pointe pour diviser ce temps par quatre grâce au TGV ! C’est finalement une petite avancée en comparaison des prouesses réalisées lors des cinquante dernières années du XIXe siècle !
LES PHOTOGRAPHES VOYAGEURS
Donc, nos voyageurs de la fin du XIXe ont à leur disposition des moyens de transport modernes et ils vont en profiter pour partir à la découverte du monde. On ne parle plus dès lors d’expéditions mais de « missions » scientifiques ou photographiques, ou de « croisières » (s’agissant de grands périples comme, plus tard, en 1924-1925, la Croisière noire Citroën). Et ce sont aussi les débuts du tourisme tel qu’on se le représente de nos jours. En effet, à partir de 1880, tout est en place pour que se développe le voyage d’agrément. L’Orient (proche et extrême), l’Afrique, l’Asie du Sud-Est sont en voie de colonisation, les Américains ont « parqué » leurs Indiens, les Anglais sont en Inde, au Cambodge, en Chine, en Malaisie, les Français en Indochine, en Afrique du Nord, en Afrique Noire… Bref, la planète est sûre, « blanchie », il n’est plus besoin d’avoir une âme d’aventurier pour s’y risquer. Partout des pionniers ont ouvert la voie, aménagé des routes, des ponts, des tunnels, posé des rails, construit des hôtels. Et il y a autre chose : la photographie, qui en 1 888 franchit un pas décisif avec l’apparition du kodak. « Appuyez sur le bouton, nous ferons le reste » proclame le slogan de la compagnie américaine Eastman.
Dans une grande prairie, une clairière
à l’orée de la forêt, des villageois
bosniaques se sont réunis pour
Kirchweih. Cette fête de la récolte,
d’origine païenne, a lieu chaque
année en octobre. Nos villageois des
années 1890, en tenue du dimanche,
attendent le retour des gaillards partis
dans la forêt déraciner « l’arbre de
Kirchweih », qui sera replanté dans
le grand trou creusé à cet effet.
L’arbre qui mesurait souvent 30
mètres de haut était tiré par un
cheval, ou halé par les jeunes gens
eux-mêmes, jusqu’à la fosse.
S’il venait à dépérir, c’était très
mauvais signe.
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