Ah... Ce que ça peut être silencieux, un camion,
quand il refroidit dans un désert, particulièrement celui d’Atacama !
Avides, les cristaux de sel absorbent le son mieux que les alvéoles
les plus sophistiqués du plus insonorisé des studios d’enregistrement,
et, avec le temps, un doux sifflement s’insinue, fruit du silence absolu.
Un horizon de sel
Et le silence ne manque pas, dans le désert de sel d’Atacama. C’est même plus qu’il n’en faut. Le vol des flamants roses au-dessus des cristaux dissipe à peine le bourdonnement lancinant. Jeanne, qui savoure autant l’écoute du silence que Bénédicte peut vénérer le contenu d’un capot ouvert, lèche les blocs pour s’assurer de la salinité de la dépression. Sans discussion possible, c’est du sel. Un horizon de sel. Et même plus que ça. Du calme rien que du calme. De la paix à en devenir enragé, tout comme au cœur de la vallée de la Lune, non loin de là, où les dunes, les barres rocheuses et les crêtes capricieuses ne sont pas sans rappeler le massif du Hoggar ou celui d’un ailleurs galactique, écorché, difforme, saisissant de reliefs disparates et de surréalisme. De la plénitude, beaucoup de plénitude, même si l’on en ressent plus encore autour de la lagune Miscanti, là-haut près des sommets, où le coiron, insensible au froid, s’accroche et jaunit les pentes basses des volcans enneigés, et où l’eau plate et sereine reflète l’azur parfait des hautes altitudes et ne se fâche jamais tout à fait, malgré un souffle glacé venu d’on ne sait où.
Le soroche ne passera pas par moi
De la blancheur bien sûr, tout comme en sont nourries les églises coloniales de la région, aux murs d’adobe et aux plafonds de cactus, des bâtisses historiques et finissantes mais encore solides, qui depuis des siècles résistent à l’éclat du soleil, à l’érosion et à l’éloignement du Vatican, et même à celui de Dieu, puisque l’avenir est au fond des mines de cuivre plus que dans la foi. Nous restons dans ces parages parce qu’ils le valent bien, et aussi pour nous préparer physiquement à l’altitude. Gravissant ce qui peut l’être pour redescendre le soir même et dormir aux environs de 3000 mètres, nous nous acclimatons peu à peu avant l’assaut final estimé à quelques jours. Le soroche, terrible mal des montagnes ne passera pas par nous, du moins pas sans l’avoir combattu.
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