Les enfants de Brahma. Un lotus
émergé
des eaux
éternelles, vissé au centre de la terre
par sa tige,
symbolise la vie
indienne, un mélange
subtil de beauté
et de force.
Au centre de ce lotus, Brahma, source de toute forme de vie, dont l’histoire est racontée depuis plus de 3000 ans dans le Veda, le sanscrit hindou. La société indienne, dans sa hiérarchie, découle directement du corps de Brahma. Les brahmanes sont nés de la bouche du dieu, telle la voix de toute la collectivité. Et ses pieds ont donné vie aux serviteurs. Tout en bas, les intouchables.
La plupart des religions adaptent leurs dogmes à la vie d’aujourd’hui. Sans doute pas l’hindouisme, sans autorité centrale et figé dans ses fondations, qui impose des textes plus que séculaires. Rajiv n’a pas rencontré sa future femme. «Mes parents ont choisi Anjali. On dit qu’elle est jolie. Nous serons heureux. Je pense avoir eu de la chance.» Mais la chance existe-t-elle pour un Indien. Ici on se doit de mener une vie ponctuée de bonnes actions, de dévotion, dans l’espoir, son dharma accompli, de renaître dans une caste plus élevée. De la naissance à la mort, les rites et célébrations sont innombrables : ablutions quotidiennes, prières, puja ou offrandes de nourriture, d’encens et de fleurs, cela sans compter les mela et autres festivals. Dans les années 80, les puranas, textes sacrés, ont été romancés et diffusés dans une série télé. Les épopées de Mahabharata et Ramayana ont fait un succès monstre, chaque épisode visionné par 80 millions d’Indiens. En ce début de siècle, la ferveur hindouiste ne décline certainement pas, même avec la venue d’une vague de divertissement fabriquée par Bollywood, les grands studios de cinéma de Bombay.
Se raccrochant à une vision politique moderne, farouchement opposée à l’apartheid des castes, la jeunesse vit au quotidien un hindouisme aux fondements moraux irréprochables, dans l’esprit de celui prôné par le Mahatma Gandhi. La pratique religieuse marque de son sceau l’identité indienne. La nouvelle génération l’adopte même comme une expression à la mode. Sabyasachi, un jeune conducteur de tuk-tuk, a décoré sont tableau de bord de guirlandes et de dizaines d’images représentant Vishnu, Krishna, Ganesh… Quand on lui demande s’il visite à l’occasion des festivals religieux, il confirme et en rebond nous interpelle. « Et toi, quel est ton dieu préféré ? »
La permanence du divin dans
le cycle de l’existence constitue
la trame de l’Inde sacrée dans
laquelle, à travers témoignages
et rencontres, on peut suivre
la jeunesse et les rituels
d’initiation du début de la vie,
les grandes célébrations et
les fêtes de l’âge adulte et enfin
les rites de passage vers la mort.
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