ENVIRONNEMENT
EN ATTENDANT LA MOUSSON
Par Pierre Pascal et Catherine Metayer


 


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Numéro 31, mars 2008

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Un vaisseau fantôme à posé l'ancre
a posé l'ancre dans une mer morte aux abords d'un palais déserté.

Tel pourrait être la légende de cette image mais elle serait loin de la vérité. Ce palais blanc est le Lake Palace, ancienne demeure de Maharadja reconvertie en un des plus luxueux hôtels du monde. Et cette mer de sable n’est que le lit d’un lac qui attend la mousson nourricière pour renaître bleu et argenté. Sécheresse ponctuelle ou réchauffement de la planète, la mort du lac n’affecte pas les Indiens soumis depuis des siècles aux lois de la fatalité. Pour moi, c’est une autre histoire. Il y a dix ans, je découvrais Udaipur parée des eaux d’un lac majestueux et cette vision d’un désert, avant de rencontrer celui de Thar plus à l’Est, pourrait être l’un des multiples phénomènes démontrant qu’au Sud du quarantième parallèle nord, le désert est en marche pour le malheur de l’humanité.


Même pas un mirage !

Cette scène aurait pu être l’heureuse conclusion d’une longue marche dans un des déserts de ce monde. Durant des heures, sous un soleil agressif, nous en aurions rêvé. Maintenant, nous sommes déconcertés

Ceci n’est pas un désert, tout autour peut-être, mais pas ici. Retournez-vous et vous admirerez quelques splendeurs mogholes : le City Palace en tête. Levez-vous sur la pointe des pieds, regardez au loin, voici la ville d’Udaipur, 800 000 habitants, qui s’étale jusqu’aux contreforts des montagnes pelées. Alors l’angoisse vous saisit le ventre, la beauté du lieu aussi. Ce désert n’est que le lit ridé d’un lac sans vie. Un des affres écologiques montrant aux plus sceptiques, aux plus hypocrites surtout, que notre planète n’est plus correctement irriguée. Kilimandjaro, Sahel... et maintenant le Rajasthan. Le désert est en marche.

Oui, bien sûr, la mousson arrivera, oui ce lac peu profond redeviendra sa majesté argentée d’Udaipur. « Il ne pleut pas depuis de longues semaines. Il est normal de manquer d’eau » dit Suraj, peu inquiet. « Dans quelques semaines, tout rentrera dans l’ordre. De toute manière, il n’y a jamais vraiment eu de poissons ici. Quant aux deux crocodiles, ils ont dû descendre plus au sud », renchérit-il ? Le dharma indien rend parfois si fataliste, ou inconscient. Les politiques mettent bien en place des réformes écologiques, sans doute pas assez efficaces. Ils ont d’autres occupations, évidemment. La croissance principalement, nourrir plus d’un milliard de citoyens, aussi. On ne peut sans doute pas avancer sur tous les tableaux. La mousson sera donc là d’ici quelques semaines, rendant son vrai visage au pays des Rajpoutes.

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