ELEPHANT D'ASIE
TIMIDE ET BAVARD
Par Christine Baillet. Images Alain Pons


 


CARNETS DE
PHOTOGRAPHES

Collectif de photographes
45 €, 228 pages
Ed. Empreinte et territoires




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Au nord de l'Inde, sur les contreforts himalayens,
s’étend le parc national de Corbett. Je m’y rendis avec le rêve

secret d’y observer le tigre, sans grand espoir toutefois.
J’y découvris en revanche un animal dont je n’avais pas
soupçonné l’intérêt : l’éléphant sauvage d’Asie.

Je remarquais chaque jour, à la même heure, un troupeau qui sortait de la forêt pour rejoindre un lac. Il s’y désaltérait et y pratiquait les ablutions qu’apprécient tant les pachydermes. Un après-midi, nous nous postâmes sur la piste à l’orée de la splendide forêt de sals qui hérisse les reliefs du parc. Les indices de passages répétés à cet endroit nous conduisaient à penser que le troupeau émergerait par ici.

De l’autre côté de la piste se déroulait une vaste plaine où se dressaient à peine quelques arbres. Les éléphants assoiffés devaient traverser cette étendue à découvert pour accéder au lac. Une traversée qu’ils jugeaient sans doute pleine de dangers, si j’en crois leur comportement excessivement craintif, sans aucune comparaison avec l’aplomb de leurs cousins africains. Nous attendions depuis de longues minutes lorsque se firent entendre les premiers craquements de branches mortes. Ils arrivaient !

Je ne pouvais les distinguer sous l’épais couvert forestier, mais je les entendais clairement. C’est amusant comme ils sont bavards ! Ils émettaient de petits sons aigus, des borborygmes et n’hésitaient pas à «trompetter». Que pouvaient-ils bien se raconter ? Était-ce un moyen de se repérer dans le désordre végétal ? Les bruits se rapprochaient. Un bruissement attira alors mon attention. Derrière le feuillage frissonnant, je vis soudain une tête massive et bosselée apparaître. Une vision autant fugace que massive. Sans doute un éclaireur. Nos regards se croisèrent rapidement et l’animal disparut avant de refaire surface un peu plus loin, l’œil fixé sur notre véhicule. De spectateurs excités, nous nous transformâmes en statues de sel. Il répéta ce manège encore une fois puis, donnant le signal, il s’élança en direction de la plaine dans un nuage de poussière, suivi de la ribambelle de ses congénères restés cachés dans la forêt et parmi lesquels je comptais de nombreux éléphanteaux.

Une fois la piste dépassée, le troupeau ralentit et se rassembla en un groupe incroyablement compact. Peu à peu, l’étau de la crainte se desserra et les éléphants s’éloignèrent les uns des autres pour faucher l’herbe tendre de la prairie. C’est ainsi que le trajet pourtant assez court dura plus d’une heure, au cours de laquelle nous fîmes déplacer notre véhicule à plusieurs reprises afin de bénéficier des meilleurs angles de prise de vue. Lorsque les éléphants parvinrent enfin au lac, leurs ablutions furent brèves et, après quelques aspersions, quelques jeux avec les plus jeunes, ils s’en allèrent disparaître derrière l’autre versant des montagnes où nous ne pouvions malheureusement pas les suivre.


Les éléphants d’Asie ont été capturés et exploités par l’homme pendant plus
de 4 000 ans. Le plus gros animal sauvage dompté par l’homme occupe
une place spéciale dans l’imagination populaire comme un géant bien gentil,
obéissant et intelligent. Dans le passé, les éléphants domestiqués étaient
généralement utilisés pour le transport des personnes et des marchandises.


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