Printemps 1967. Les étudiants blancs s'agitent
contre la guerre du Vietnam dans une Amérique déchirée.
Au même moment, Huey Newton et Robert Seale, figures emblématiques des Black Panthers, attisent une insurrection populaire dans les ghettos noirs. Ils accusent l’impérialisme américain de perpétuer l’exclusion des populations noires de la vie politique et économique. La lutte pour les droits civiques menée par Martin Luther King n’a pu venir à bout de la pauvreté et de la violence qui continuent de les accabler. Les deux néophytes, galvanisés par les discours de Malcom X, décident de passer à l’action. Dans le ghetto d’Oakland, ils inaugurent le tout premier local d’un mouvement politique qui changera le visage de l’Amérique moderne. On se réunit afin d’organiser les premières opérations des Black Panthers. Une bande d’autodéfense, armée de fusils et d’exemplaires du Code pénal, doit escorter les interventions policières dans le ghetto pour prévenir toute brutalité. Grâce aux dons de la communauté, on distribue des petits-déjeuners à des milliers d’enfants en plus d’offrir des cliniques de santé gratuites. Le mouvement participe aux élections municipales d’Oakland sous l’emblème intimidant de la panthère noire. Le message trouve un écho favorable au sein de la population noire, à la grandeur de l’Amérique.
Les autorités américaines, alertées par cette popularité, hésitent à mobiliser l’appareil policier dont les actions sont étroitement épiées par le mouvement. Le gouvernement Nixon voit dans cette bataille raciale un péril encore plus grave pour la société américaine que celui de la guerre au Vietnam. Il demande au FBI d’éradiquer la formation. L’opération COINTELPRO doit infiltrer tous les mouvements nationalistes noirs. La force publique entame une campagne d’intimidation et emprisonne des centaines de partisans des Panthers. Huey Newton est accusé d’avoir tué un policier et emprisonné à l’Alameda County Jail en 1967. Convaincus que l’affaire est un coup monté, les Noirs se rendent par milliers dans un auditorium afin d’appeler sa libération, sous l’œil des médias nationaux.
La progression du mouvement se poursuit jusqu’en 1973, période à partir de laquelle il se divise en de multiples clans qui emprunteront les voies divergentes de l’activisme communautaire et de la criminalité. Son chef, Huey Newton, une fois libéré, décide de former une bande mafieuse qui sème la terreur dans les boîtes de nuit d’Oakland. Il est retrouvé dans une ruelle de son ghetto criblé de balles suite à une louche affaire de cocaïne. Le FBI réussit à infiltrer le mouvement et alimente lui-même cette dérive criminelle. Le combat pour la liberté et la prospérité de la communauté afro-américaine dégénère finalement en une simple lutte de pouvoir entre clans.
Aujourd’hui dans les ghettos, plus personne ne porte les armes au nom de la justice. Les tensions qui subsistent ne sont plus politiques, elles prennent racine dans le chômage et les problèmes sociaux qu’il engendre. Dans cette frange apatride de l’Amérique, se développe une véritable culture de l’exclusion, terreau propice à l’éclosion de bandes criminalisées. L’Amérique profonde peine encore à s’extirper de la spirale de violence qui a signé la mort du mouvement des Black Panthers.
Des dizaines de membres des Black Panthers perdront la vie
dans des fusillades orchestrées par le FBI. En août 1971,
un cortège civil escorte le cercueil de l’un d’entre eux,
George Jackson, à l’église Saint-Augustin d’Oakland.
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