Nouveau Mexique, Arizona, Dakota,
Utah, Nevada, Wyoming…
Des régions où les ruisselets se transforment sans prévenir en torrents dévastateurs. Des terres où à chaque fois que je pose ma tente, il me faut éviter un nid de fourmis rouges, sarcler une dizaine de chardons, tordre deux piquets et m’écraser un doigt.
Sur les pas des pionniers, je cours éperdument vers le soleil couchant. Je veux le voir chavirer dans l’océan Pacifique. Mais entre moi et la Californie, mon terminus, se dresse une terre qui n’a rien de paisible. La Mère Nature est ici plus ridée qu’ailleurs, exigeante, parfois meurtrière. Et ceci explique sans doute le respect inconditionnel que lui portent les peuples amérindiens. Un amour aussi puissant que celui d’un vieux boucanier pour l’océan.
John Wayne, le Duke, acteur, véritable héros à la destinée de fermier disait à Dean Martin : « l’homme n’a besoin que de café et de cigarettes ». J’ajouterais une bonne paire de bottes et comme l’époque n’est plus aux chevaux, une « grosse américaine », Dodge ou Pontiac, aux amortisseurs fatigués. J’attrape les ondes d’une radio de country music, Ian Tyson et Garth Brooks en vedette, et je roule sur des tapis d’asphalte sans fin qui mène droit à l’horizon. La climatisation est forcément hors service et fenêtres baissées, je sens le souffle de forge du désert. Le plafond de nuages est noir, la roche cuivrée, un arc-en-ciel les relie. Je déboule à Monument Valley dans une gravure de Remington, peintre de l’Ouest. Le site a vu passer les équipes de John Ford, Howard Hawks et Nick Ray. Autant dire que je me sens un peu idiot avec mon Nikon parmi cette nature mille fois photographiée. Je cours comme un acharné espérant qu’une lumière fugace m’offrira une image éternelle. Avant John Wayne on vit en ces lieux des Apaches lutter contre les Espagnols, puis des Navajos subir la loi génocidaire des blancs en marche vers la nouvelle frontière, ceux-là même qui ne dansèrent jamais avec les loups.
Le jeune gouvernement américain procéda ainsi contre toutes les nations indiennes. D’abord en envahissant le Grand Ouest avec de pauvres colons, fermiers, en quêtes de rêve. Puis en envoyant les tuniques bleus pour régler les différents et signer des traités immédiatement trahis. Le règne des grandes nations indiennes s’acheva dans la chaleur du désert, par des batailles âpres : cruauté, déportation, extermination. Après des années d’errance, le dernier chef, Geronimo, se rendit avec dix-sept hommes et fut exilé en Floride.
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