Les légendes du grand ouest,
Les montagnes tordues et le saut de l'ange…
La terre lavée du sang indien, la route de la frontière fut tracée par des aventuriers, des mauvais garçons, des voleurs de bétails, des pilleurs de banque et de diligences que seuls pouvaient inquiéter des chasseurs de gibiers de potence tels Wyatt Earp. Celui qui même s’il n’avait rien d’un enfant de cœur, entra dans la légende en nettoyant Tombstone.
J’entre dans l’Utah en quittant le village de Mexican Hat. Un immense sombrero aux larges bords et à la calotte bombée semble avoir été abandonné sur un récif. Une douce mélodie m’attire. Les teintes brûlantes des roches ont dû servir de muse à un mariachi. Je suis la lointaine complainte, m’imagine l’homme à la veste courte aux revers évasés, son pantalon orné de rangées de boutons en argent maintenu par une ceinture de cuir à boucle de métal. Celui qui n’a jamais le rôle du héros, le guitariste anonyme des soirées populaire, le figurant des films du grand ouest. En m’approchant, le sombrero se déforme progressivement et ne devient qu’un rocher plat en équilibre sur un piton. Le musicien a disparu, je n’entends que le vent souffler à travers les failles de l’immense bloc de pierre.
Les montagnes tordues
Deux monstrueuses montagnes se dessinent derrière la colline roussie par les incessants rayons du soleil. J’approche lentement les crêtes dépouillées de cet univers ténébreux. Montagnes Suisses, désert d’Espagne ou encore gorges profondes de Karijini en Australie, en l’espace de quelques kilomètres le paysage se transforme. Et c’est à l’issue d’un virage que se dévoile un merveilleux camaïeu de rouge, orange, rose et ocre, tout en vertical.
« C’est un foutu endroit pour perdre une vache. » Ebeneezer Bryce a vécu cinq années dans le Bryce Canyon. Ce pionnier mormon, lui laissa même son nom et cette laconique citation. Les pitons du Bryce Canyon semblent venir d’ailleurs, déposés ici par une horde de sculpteurs. Pointant le ciel comme pour le remercier de leur esthétique, façonnés par le travail des saisons, de la neige et du gel, les hoodoos constituent de véritables amphithéâtres en forme de fer à cheval.
Le saut de l'ange
Au commencement des premiers parcs nationaux, la protection des espèces animales et végétales n’est pas une préoccupation première. Et elle ne se justifiait que dans la mesure où elle servait le plaisir des visiteurs. Ce n’est qu’en 1916, lors de la mise en service du National Park Service que les valeurs esthétiques et historiques sont associées au respect de la faune et de la flore. Extrêmement surveillés, les 57 parcs demeurent la fierté du peuple américain. Je paye dix dollars l’entrée et peux y rester une semaine. Sceptique au départ, habitué à la gratuité européenne, je comprends rapidement que des armées de rangers entretiennent les lieux, et que cela à un coût.
Au sein du cortège de parcs nationaux que nous propose l’Utah, le Zion reste de loin le plus visité. Paradis des alpinistes, la succession de ses vertigineuses parois représente une véritable aubaine pour l’escalade. Suspendu à la corde et face aux parois démesurées, je domine la Virgin River qui d’ici, ne semble être qu’un misérable filet d’eau. Elle s’est creusé son propre itinéraire au pied des gigantesques murs blancs et roses pour devenir le cours d’eau le plus encaissé des États-Unis. Je regarde le vide sous mes pieds et réalise que plus de 500 m me séparent du sol. Paralysé, je m’agrippe au sommet du piton et décide de descendre très doucement, mais plus vite que la tombée du jour. Cette paroi a pour nom « le Saut de l’Ange », je suppose que les anges n’ont pas le vertige.
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