Le voyageur est éreinté, la chaleur est intense, la poussière suffocante et le vent inexistant.
Un brouillard de sueur lui coule dans les yeux comme autant de larmes amères qu’il chasse avec rage. C’est alors, dans ce halo mordoré et tremblant de larmes, qu’il découvre la ville. Une grande voie royale bordée d’arbres qui ne semble jamais finir, et qui mène pourtant à une cité, une forteresse plutôt, défendue par des murs épais et lisses, laissant apparaître des toits vraisemblablement feuilletés de dorures étranges pour briller au soleil de la sorte. Les hommes, ici, doivent être des demi-dieux. Certains semblent porter des toges de verre, d’autres des habits de lumière tels des astres étincelants. Les voitures sont ornées d’or, d’argent ou de laque, et les chevaux caparaçonnés de pierres semi-précieuses. Partout, se dressent des palaces et maisons à étages, dont les clayonnages d’argile sont peints de mille couleurs et ornés de somptueux tissus. « La maison impériale abonde de perles, de cornes de rhinocéros et de plumes d’autruche. Dans la ménagerie, rodent éléphants, lions, mastifs et paons ». C’est en ces mots qu’Hsuan-Tsang, moine bouddhiste du VIle siècle, décrivait les jardins impériaux de Chang-An, l’actuelle Xi’an. À des époques diverses, et pour quelque onze siècles, Xi’an a été la capitale de l’Empire de Chine. Sous la dynastie Tang (618-907), Chang-An devient la plus grande et la plus splendide ville du monde, avec un million d’habitants intra-muros et un million dans les faubourgs. Le territoire chinois s’étendait alors au-delà de l’actuel Xinjiang, jusqu’aux rives de la mer Caspienne.
C’est l’âge d’or en Chine, caractérisé par l’opulence et l’ouverture d’esprit qui régnait à la cour des Tang. Les étrangers arrivaient de partout, apportant des produits exotiques et des modes nouvelles. Commerçants, messagers, pèlerins, conteurs, poètes, amuseurs publics, princes et courtisanes se pressaient dans cette métropole dont les fastes ont pu être reconstitués grâce aux petites statuettes en céramique peintes trouvées dans les tombeaux. À la cour, la mode était turque : les belles Chinoises montaient à cheval, le polo était le sport en vogue et nombre d’étrangers détenaient des charges officielles. Les « chevaux célestes », blancs destriers dont on dit qu’ils transpiraient du sang, étaient dressés pour danser au son de la musique. Dans cette ambiance cosmopolite, caractérisée par la curiosité et la tolérance, des religions multiples s’épanouissaient : nestorianisme, manichéisme, judaïsme, islam et surtout bouddhisme, venu de l’Inde, qui domina sous les auspices impériaux.
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