Une année entière pour rejoindre le Machu Picchu
au départ de l’Antarctique.
Le voyage sera partagé en deux séquences de six mois. L’extrême sud est impraticable en juillet (hiver austral) et l’hiver bolivien déverse tempêtes et pluies torrentielles sur Cuzco de décembre à avril. Un agenda des plus compliqués pour remonter 6 000 kilomètres, rencontrer quatre types de climats, du glacial pôle sud à l’aride désert de l’Atacama en passant par les régions alpines de l’Araucania au Chili et de Bariloche en Argentine. Sans oublier l’extrême aventure de la haute cordillère andine qui « fleurte » avec les 7 000 mètres d’altitude sans jamais les atteindre. Une pluie « à boire debout » comme le disent les Québécois, le soleil le plus mordant du monde dans ces régions altiplanières qui griffent les jambes, des vents à « marcher penché » comme le prouve la silhouette inclinée des Patagons…
Et pourtant, on rencontre en ces régions plus d’aventuriers « doux dingues » que nulle part ailleurs. Deux amis sont arrivés hier à Santiago après une année et demie de marche sur le chemin inca qui reliait Quito en Equateur à la capitale du Chili. Trois autres remontent en ce moment même la Patagonie en vélo et quand les vents sont cléments, décollent en parapente, les bicyclettes hélitreuillées, pour progresser de quelques kilomètres, de thermales en vents ascendants. Au détour d’un col sur une piste défoncée, on rencontre ces « bagnards » de la route qui à pied ou à vélo franchissent les montagnes les plus inhospitalières du monde.
En chemin, les aventuriers « extrémistes » rencontrent l’histoire implacable du pillage de tout un continent. Du Sud au Nord, Alakaluf, Mapuches, Aymaras et Quechuas n’ont jamais vraiment épousé l’Espagne et leurs descendants. Peuples fiers mais abusés, incroyablement généreux mais à juste titre méfiants, ils sont les dernières victimes d’un mécanisme qui siècles après siècles les a conduits à la dépossession, ruinant l’une après l’autre les nations d’un des espaces les plus prometteurs de l’univers.
À l’époque de son essor, au milieu du XVIIe siècle, les rues de Potosi en Bolivie étaient pavées d’argent. Non loin, on avait découvert le grand filon du métal précieux. Pillage organisé des multinationales, monstres hybrides des Temps modernes, qui fut parachevé après la déliquescence de la ville par les touristes et les curés qui vidèrent les églises de tout ce qu’ils purent
emporter : des calices et des cloches en argent pur jusqu’aux effigies de Saint François ou du Christ en hêtre ou en frêne…
Images : Le salar d'Uyuni vu di ciel.