UNE FEMME SUR LA ROUTE DE LA SOIE
LA ROUTE DU DESERT
Par Christine Nilsson
 


CHINE BARBARE
Christine Nilsson
30 €, 167 pages
Edition Harfang

Pour un Chinois, les contrées
à perte d’horizons qui s’étendent
au-delà de la Grande Muraille sont
le Monde Barbare. Celui des steppes
de Gengis Khan, du terrible désert
du Takla-Makan. Une autre Chine
où Bouddha se décline avec Allah,
où les sables du désert se meurent
en volutes glacées dans les neiges
du Pamir.

 

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Un minuscule point noir à l’horizon. Un point incertain
tel une luciole folle qui danse dans la déraison.
Le voilà qui grossit, monstrueux mirage qui se veut réalité, alors qu’ici toute vie et toute
mouvance sont par essence impos-sibles. Le point devient ligne et ligne d’horizon.
Il y a des sortes de barris-sements, des sons de cloches aussi, et des bruits qui ressemblent
à des éclats de voix. La masse sombre avance inexorablement, de son pas lent et à la fois
rapide, tant elle paraît déjà proche sur ce désert vide de points de repère.

Ils sont, cent, cinq cent, mille chameaux peut-être, lourdement chargés. À leurs côtés, plusieurs
centaines de cavaliers, vêtus de fourrures, paraissent tour à tour avancer ou s’arrêter, dans un
scintillement d’armes et de lances. Suivent, plus massifs, les yaks et les poneys, qui semblent
transporter toute l’errance d’un peuple. Soudain, l’air assombrit. Des nuages noirs envahissent
le ciel dans un galop furieux. Dans les volutes de poussière de plus en plus denses, le soleil
n’est plus qu’une boule de feu rouge sombre et inquiétante, comme un astre mourant. Un vent
violent se lève, claquant comme mille gifles. La tempête éclate avec une violence effroyable.
De monstrueuses vagues de sable et de pierres sont projetées dans le ciel et retombent avec
fracas sur la caravane. Pour repartir encore en de mortels tourbillons. Dans l’obscurité croissante,
d’étranges sons percent le mugissement et le hurlement de la tempête. Ce sont les bruits des
objets qui s’entrechoquent, mêlés aux hurlements des hommes et des bêtes. Puis tout s’arrête,
aussi soudainement que cela a commencé.

« Par une aube claire, la vue est incroyablement impressionnante et sinistre, les dunes jaunes
du Taklamakan, telles des vagues géantes d’un océan pétrifié, s’étendent par myriades jusqu’à
un horizon lointain (...) Elles semblent, ces dunes, silencieusement hurler pour d’autres voyageurs
à engloutir, d’autres caravanes à dévorer...» Le sable aime enterrer ses victimes.
Dans le Taklamakan, trois cents cités antiques auraient été anéanties ainsi en un seul jour,
telle Pompéï, ensevelies corps et âmes. En Ouïgour, « Taklamakan » signifie « celui qui
s’y aventure n’en ressortira jamais ».


Sur une carte, les différentes pistes de la Route de la Soie paraissent évidentes. Elles semblent
couler de source comme des veines de vie, contournant intelligemment tel désert, s’insinuant
avec souplesse dans les gorges et vallées, franchissant les cols avec dérision. Car, en plus
des dangers naturels, il y avait les bandits et les pillards contre lesquels il fallait se prémunir.
C’est la raison de l’ampleur de la plupart de ces caravanes : les marchands de tous bords se
groupaient pour additionner leurs forces et leurs moyens et se faire couvrir par une armée
d’archers mercenaires. Les riches payaient cette garde et les moins riches se mettaient sous
leur protection moyennant redevance. Il faut dire que ces caravanes convoyaient de véritables
trésors : verre, coton, or, ivoire et pierres rares étaient transportés vers l’est ; remplacés au retour,
vers l’ouest, par les laques, fourrures, céramiques, miroirs, armes, ferronnerie, jades et soies.
Au péril de leur vie, les riches marchands cousaient à même leurs vêtements les pièces d’or
et les pierres précieuses.


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