 |

CHINE BARBARE
Christine Nilsson
30 €, 167 pages
Edition Harfang
Pour un Chinois, les contrées
à perte d’horizons qui s’étendent
au-delà de la Grande Muraille sont
le Monde Barbare. Celui des steppes
de Gengis Khan, du terrible désert
du Takla-Makan. Une autre Chine
où Bouddha se décline avec Allah,
où les sables du désert se meurent
en volutes glacées dans les neiges
du Pamir.
|
De fait, les hommes qui peuplent ces terres sont
les descendants directs des envahisseurs mongols et turcs
qui, aux IXe et Xe siècles, descendirent des steppes de Sibérie pour envahir la région.
Ce sont des hommes purs et durs, mais aussi des jouisseurs, violemment et profondément.
Les vêtements de leurs femmes sont hauts en couleurs et leur nourriture épicée, à l’image
de leur vie. Leurs langues sont un mélange de turc, de mongol, d’iranien et de chinois.
Leur écriture est arabe, mais certains écrivent avec des caractères latins. Leur religion
est essentiellement l’islam, mais un islam unique en son genre, car mâtiné de chamanisme.
C’est la Route de la Soie qui donna au Xinjiang une grande importance, comme couloir obligé,
et la Chine voulut dès lors y assurer sa souveraineté. Avec la Mongolie, l’ex-URSS, l’Afghanistan,
le Pakistan, le Cachemire et le Tibet comme voisins frontaliers, cette contrée est toujours une région
stratégique primordiale sur laquelle le gouvernement chinois compte bien garder une main mise
absolue.
D’autant que les sous-sols du Xinjiang regorgent d’hydrocarbures et que cette province
est le lieu de passage privilégié des pipelines qui achemineront bientôt vers l’est l’or noir
de la Caspienne. La région est donc contrôlée d’une main de fer par le gouvernement de Pékin,
déjà peu enclin à plaisanter sur la question de son intégralité territoriale. L’éclatement de l’empire
soviétique qui a donné naissance aux Républiques indépendantes du sud (Tadjikistan, Kirghizistan,
Ouzbékistan et Kazakhstan) fait craindre de nouveaux soulèvements indépendantistes et nationalistes
au Xinjiang, toujours au nom d’Allah. «Dix musulmans, neuf voleurs» dit un adage chinois, encore
d’actualité. Les Chinois Han considèrent toujours ces minorités comme des barbares et ces dernières
supportent de moins en moins l’hégémonie chinoise. L’agressivité monte. Ira-t-elle jusqu’à
l’explosion?… Avec pour conséquence, le spectre, au milieu de l’Asie, d’une confédération
musulmane qui s’étendrait de la Grande Muraille à la Turquie et à l’Iran.
page suivante / page précedente / sommaire chine / accueil

|
|