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CHINE BARBARE
Christine Nilsson
30 €, 167 pages
Edition Harfang
Pour un Chinois, les contrées
à perte d’horizons qui s’étendent
au-delà de la Grande Muraille sont
le Monde Barbare. Celui des steppes
de Gengis Khan, du terrible désert
du Takla-Makan. Une autre Chine
où Bouddha se décline avec Allah,
où les sables du désert se meurent
en volutes glacées dans les neiges
du Pamir. |
Le Xinjiang est le pays des extrêmes. Extrême beauté :
lacs d’un bleu profond, au sein de déserts brûlants bordés de montagnes déchiquetées
coiffées de glace, avec des oasis luxuriantes et des fleuves puissants, et des falaises
roses où se cachent les plus beaux monastères bouddhiques du monde. Extrême violence,
avec des étés torrides et des hivers glacés, où la température varie de - 52 °C à + 48 °C.
Et avec le sable, univers liquide de loess et de dunes qui envahit tout et rend certains
de ces lieux si inhospitaliers, que l’on se demande comment la vie y subsiste encore.
Et on frissonne à l’idée de ces hommes, pèlerins ou marchands, de ces caravanes
entières, qui ont disparu entre deux oasis sans laisser de traces, hormis leurs os
blanchis. On l’a compris, ces régions extrêmes ne sont guère peuplées, les oasis
ne représentent qu’un peu plus de 1 % de la superficie du Xinjiang (qui lui-même
équivaut à trois fois la France) et le nomade caracolant sur son étalon noir suivi
par son noble chameau de Bactriane, sera considéré comme une vision tout à fait
remarquable. D’autant plus étonnante que ledit nomade n’a rien d’un Chinois
classique (hormis les yeux bridés), avec ses pommettes saillantes, son teint cuivré,
sa barbe épaisse, sa toque de velours noir ourlée de fourrure et son regard sauvage
à la Gengis Khan.
Les dunes sont belles comme la
démesure. Fascinantes car elles tuent
qui veut les posséder, envoûtantes
car elles ont les courbes et la douceur
d’une femme. Mais l’homme et ses
compagnons ne peuvent les voir,
ils sont en bas, navigant sur leur frêle
esquif au pied de ces immenses
falaises que le fleuve a creusé dans
le ventre de la dune. Il écrit : « Là-bas,
à la limite de l’horizon, se trouvent des
formes rondes, nobles, des dunes que
je ne me lassais jamais de contempler.
Au-delà, dans un silence sépulcral
s’étendait l’inconnu… la terre que
j’allais être le premier à fouler. »
C’était en 1899, tente l’inconcevable :
traverser le désert du Takla-Makan
en descendant le fleuve Tarim.
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