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CHINE BARBARE
Christine Nilsson
30 €, 167 pages
Edition Harfang
Pour un Chinois, les contrées
à perte d’horizons qui s’étendent
au-delà de la Grande Muraille sont
le Monde Barbare. Celui des steppes
de Gengis Khan, du terrible désert
du Takla-Makan. Une autre Chine
où Bouddha se décline avec Allah,
où les sables du désert se meurent
en volutes glacées dans les neiges
du Pamir.
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C’était en 1899, le jeune explorateur suédois Sven Hedin,
dont les exploits font frissonner les écoliers autant que
les lecteurs du Times, tente l’inconcevable :
traverser le Takla-Makan
en descendant le fleuve Tarim dont les eaux se
perdent dans le désert du Lob Nor,
à la sombre réputation, aux marécages
hantés de diables et de démons.
À peu de choses près, le train chinois doit naviguer à une vitesse identique à celle
de l’embarcation de Sven Hedin, hors rapides s’entend. Le désert du Gobi Noir défile
sous mes yeux au rythme du train, mortellement monotone. Ce train lent où le temps
dure infiniment plus longtemps et oblige au rêve. Là-bas, au-delà de ce morne horizon
gris-rose piqué de plates touffes noires et de petites collines coniques, s’étend le désert
de pierres du Lop-Nor et puis celui du Takla-Makan, l’un et l’autre de terrible renommée.
«Lorsque les vents se lèvent, relate un voyageur chinois du VIIe siècle, hommes et bêtes
perdent l’esprit et restent plantés là, totalement impuissants. On entend alors par moment
des notes tristes et plaintives, des cris pitoyables, de telle sorte qu’entre les visions et les bruits
du désert, les hommes se sentent perdus et ne savent plus où aller. D’où le fait que tant
de gens périssent au cours du voyage. Mais tout cela est l’œuvre des démons et des mauvais
esprits». Aujourd’hui, les démons du Lop-Nor sont tout aussi réels, mais ils ont troqué leurs
masques pour un autre, plus terrifiant encore : c’est en ce lieu isolé que le gouvernement chinois
expérimente l’atome, et peut-être même y est-il stocké, en cette zone interdite, à mille lieues d’ici.
Je dois virtuellement être au centre de l’Asie, dans ce train qui pénètre maintenant, au rythme
de son souffle lent et monocorde, le cœur des régions barbares de l’ex-Turkestan chinois,
aujourd’hui Xinjiang. Ici, la mer est plus éloignée que partout ailleurs dans le monde et tout
n’est qu’immensité et solitude. Les massifs ruiniformes évoquent l’aube de l’humanité
et les déserts lunaires et chaotiques sont parsemés çà et là d’étranges arbres-sculptures
qui paraissent avoir été plantés par un dieu fou qui devait s’appeler Folon.
«Dix musulmans, neuf voleurs» dit un adage chinois,
encore d’actualité. Les Chinois Han considèrent toujours
ces minorités comme des barbares et ces dernières supportent
de moins en moins l’hégémonie chinoise. L’agressivité monte.
Ira-t-elle jusqu’à l’explosion ?
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