Trente mille kilomètres pour relier Beyrouth à Pékin,
en passant par le Turkestan russe, le Sinkiang, le désert de Gobie jusqu’au fleuve Jaune.
Des incertitudes politiques d’abord en URSS puis en Afghanistan entraînent les
responsables
de l’expédition, Haardt, Audouin et Point à modifier l’itinéraire et les obligent à traverser
le Cachemire (5000 mètres d’altitude).
De là aussi, l’idée de scinder l’expédition en deux groupes pour lui donner plus de chances
de réussir : l’un partira de Beyrouth pour tenter l’ascension de l’Himalaya et l’autre, parti de Tien Tsin,
viendra à sa rencontre. Le premier groupe, fort de 24 personnes et équipé de 6 Citroën Kegresse P17,
spécialement adaptées pour les grands froids parvient à Aksou le 8 octobre 1931. Ses membres
ont eux aussi vécu bien des aventures dans un pays en proie aux dissensions, jusqu’à être retenus
en otage par un Seigneur de la Guerre pendant 3 mois !
Les deux groupes reprennent ensemble la route de Pékin où ils arrivent le 12 février 1932.
Le quartier diplomatique leur fait un accueil grandiose. Haardt ne reverra jamais la France :
épuisé, il attrape la grippe et meurt à Hong-Kong. Mais sa légende vit encore !
Bagage personnel
Peu après leur départ de Tien Tsin, les bandes de roulement des autochenilles du groupe
cassent les unes après les autres. Rapidement, le chef-mécanicien, Maurice Penaud diagnostique :
rupture des bandes. Une modification des poulies est effectuée et l’expédition repart. Un télégramme
est envoyé à André Citroën pour qu’il fasse expédier de nouvelles bandes. Le 24 avril, le groupe
est à Kalgan et reçoit le message suivant : «Fais envoyer ce jour Kalgan trente bandes neuves via
transsibérien avec convoyeur Berger. Signé : André Citroën». Le 11 mai dans la soirée, une ombre
descend d’un pousse-pousse et s’approche des tentes du campement. C’est Berger, le convoyeur.
Après 14 journées passées dans le Transsibérien, il a enfin rejoint les membres de l’expédition,
avec ses 30 caisses, toutes enregistrées comme «bagage personnel» !
622 chameaux
Il n’aura pas fallu moins de 11 caravanes totalisant 622 chameaux pour transporter les 50 tonnes
de marchandises diverses (carburant, nourriture, pièces détachées... Jusque dans les régions
les plus reculées de l’Asie centrale!
Le retour vers Pékin a été grandement entravé par le froid. Il faut laisser tourner les moteurs toute
la nuit pour les empêcher de geler. Tout travail sur les voitures est un supplice pour les mécaniciens,
par -25, - 30°C. Pourtant le 18 janvier 1932, ils ne pourront faire autrement que de retrousser leurs
manches pour extirper l’autochenille d’Audouin-Dubreuil de l’eau. Elle roulait sur la surface glacée
d’un canal d’irrigation, lorsque soudain la glace se brisa... Une nuit de travail sera nécessaire pour
sortir le lourd véhicule de son inconfortable position, vidanger le moteur à l’aide d’une lampe à souder
et enfin le sécher avec un grand feu !
Après avoir traversé la ville de Hérat
l’expédition reprend la piste.
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