Partout dans le monde, on aménage des rues
piétonnes. Pékin détruit les siennes, les hutong...
Un de ses charmes les plus prenants. Ensemble urbain irremplaçable. Place
à la modernité ! Sous les bulldozers disparaît ainsi peu à peu le lieu de vie par
excellence de la population de la capitale, lacis d’étroites ruelles serrées autour
de la cité Interdite. Les plus anciennes datent de huit siècles, de la dynastie des Yuan,
créées par l’envahisseur Gengis Khan. Le mot hutong d’ailleurs vient de hot,
le «point d’eau», en mongol. Ces venelles ordonnées en principe d’est en ouest,
pour favoriser l’insolation, cachent derrière leurs murs gris les siheyuan, demeures
typiques des gens de Pékin. Plus ou moins grandes selon la fortune familiale,
sans étage, l’habitation est disposée en rectangle autour d’une cour pavée à ciel
ouvert et plantée d’arbres. De la rue, on ne voit de l’ensemble que la porte,
devant laquelle veillent en général deux figures de pierre fantasmagoriques.
Par-dessus le mur, on aperçoit le développement des toits incurvés de tuiles
grises arrondies, inspiré du tronc des bambous.
Des centaines de hutong ont disparu après 1949, pour faire place aux grands
projets du pouvoir communiste ainsi qu’à de hideux immeubles utilitaires. Il en restait
des milliers avant le tournant du XXIe siècle. Un coup d’œil par une porte entrouverte
révèle ce qui condamne aux yeux de beaucoup les restes des hutong : le délabrement,
l’insalubrité, voire l’abandon. Des taudis, dit-on volontiers. Les points d’eau n’ont plus
suffi, les hutong ont dû être équipées de lieux d’aisances publics immondes.
En achevant le malade pour faire place à des avenues ou a des complexes commerciaux,
le pouvoir aiguillonné par l’avidité des promoteurs immobiliers immole la victime qu’il
a lui-même, avec Mao Zedong, livrée à la fureur des gardes rouges.
Un mouvement d’opinion se mobilise à Pékin pour sauver et restaurer ce qui peut
l’être de ce patrimoine unique en Chine. Le petit commerce y subsiste encore chichement,
concurrencé par les vendeurs ambulants dont l’appel au client déclenche en été le cri
des criquets. C’est dans les hutong qu’ont disparu les dernières grands-mères aux pieds
bandés, il n’y a pas longtemps. C’est là que jouent en paix les enfants, et que conversent
les vieux sur leur pliant, à la fraîche. C’est là qu’on élève les oiseaux chanteurs.
C’est là que bat le cœur de Pékin.
Pékin est une mégalopole hors de
toute mesure. Capitale et centre
culturel de la République populaire
de Chine, elle compte plus de
7,5 millions d’habitants, le double
si l’on englobe l’ensemble de la
municipalité. À l’heure actuelle,
le pouls de la ville s’accélère
encore avec frénésie, sous
l’impulsion des constructions
et de l’organisation des prochains
Jeux Olympiques d’été, 29e jeux
organisés de l’ère moderne.
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