UN NECTAR POUR DEUX EMPIRES
AUX SOURCES DU THE
Image Xavier Pardessus. Texte Passe-Frontières.


 


VOYAGE AUX
SOURCES DU THE
Catherine Bourzat et Laurence Moutonn
49,90 €, 280 pages
Edition Chêne

Du rouge au blanc, du vert au noir, l’univers aromatique du thé déroute. Plus encore que les effluves de fruits, de fleurs ou de terre qu’exhale cette plante capricieuse, les théiers retracent l’histoire des dynasties chinoises et japonaises.

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La calligraphie du mot « thé » figure un toit sous lequel
un arbre paraît se dresser sur un lit d’herbes.
En Chine, la mythologie
veut que du haut des montagnes Jaunes, Huangshan, dont les escarpements retenaient des
bancs de nuages humides, une jeune femme meurtrie d’amour se soit jetée dans un précipice
pour rejoindre son amant assassiné. Ses larmes mouillant le corps du défunt donnèrent naissance
au premier théier. Depuis, au pied des montagnes, une forêt de théiers sauvages fournit un thé noir
aux arômes de terre. La route du thé, qui relie l’Empire du Milieu à l’archipel japonais, offre une

gamme de couleurs, de saveurs et de traditions passionnante. Aujourd’hui, les marchands de thé
et les cueilleurs se rencontrent aux Huangshan pour troquer les récoltes. Derrière les usines
modernes qui compressent le thé en sachets, un petit atelier familial conserve les anciens
procédés hérités de la dynastie Han. Installé dans un jardin au milieu duquel trône un théier
vieux de deux cents ans, M. Quan torréfie les plantes sur les parois d’une marmite afin
de libérer la saveur âcre du thé. Il s’affaire ensuite au roulage des feuilles à froid sur
des tamis de bambous. L’étuvage, une méthode aujourd’hui révolue, donne au thé
des reflets ambrés et un parfum velouté de fleurs. Cependant, la dégustation de ces
grands crus demeure le privilège des nantis.

Le thé vert du Japon, hérité d’une incursion chinoise datant du VIIe siècle, a profondément imprégné
la culture du pays. Longtemps réservé aux moines bouddhistes zen, le thé a été intégré à l’ancien
cérémonial nippon. Le rituel du thé se déroulait généralement dans un jardin ou une maison
traditionnelle décorée selon l’art floral zen. Son décorum était si rigide et requérait une si grande
délicatesse que seules les geishas arrivaient à le maîtriser parfaitement. Selon la philosophie zen,
la préparation du thé conduit à la purification du corps et de l’âme. Aujourd’hui, cette étiquette
contemplative n’est plus de rigueur. Les Japonais consomment du thé vert à la tonne. Au sud
de la capitale, la campagne de Haibara est recouverte de plantations de Sincha à perte de vue.
Les tracteurs et les cueilleuses mécaniques la sillonnent dès le printemps afin de récolter
les herbes tandis que les manufactures s’occupent du roulage des feuilles en aiguilles de Jade.
Des entreprises ont décidé d’introduire du thé vert embouteillé dans tous les commerces,
allant du supermarché au comptoir de restauration rapide. La Chine n’échappe pas à cette
modernisation. L’art du thé est sans contredit menacé par sa fabrication à grande échelle.
La finesse de sa tradition, bien qu’écorchée au passage par sa dérive commerciale,
continue pourtant d’imprégner le quotidien des habitants des Empires du Milieu
et du Soleil levant.

Longjing ou « puits du Dragon » est aussi le nom d’une source. Aujourd’hui,
le Longjing désigne principalement une variété de thé. Produit du village
de Longjing, relevant de la municipalité de Hangzhou. Ce thé du lac de l’Ouest
est l’un des dix meilleurs thés de Chine.

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