HAUTS PLATEAUX DU CENTRE
LES MOÏ ET LES ÉLÉPHANTS
Images et texte
CHRISTINE NILSSON
 
CATALOGUES
TERRE BIRMANE
TERRE INDOCHINE

Sa démarche aérienne évoque une danseuse
à la Botéro avec ses rondeurs chaloupées détonnant avec
sa grâce et ses pas tout en effleurements.

Je l’ai pas entendue arriver tant sa démarche est aérienne. Elle m’évoque une danseuse à la Botéro avec ses rondeurs chaloupées détonnant avec sa grâce et ses pas tout en effleurements. Sans un bruit elle se glisse dans l’eau sombre de la rivière. Il est là, il l’attend. Avec volupté il se colle à elle et lentement, amoureusement, avec des gestes doux et coulants, lui masse la nuque, les épaules, le dos. Tout en lui susurrant à l’oreille d’une voix basse et gutturale une mélopée aux étranges dissonances. Les petits yeux de la Belle ronronnent de bonheur et de connivence. Puis sans un mot, mus par une impalpable complicité, ils sortent de l’eau et partent, lui sur son dos, elle traînant avec indifférence la lourde chaîne attachée à sa cheville.

Le biologiste français Alexandre
Yersin, découvreur du bacille de la
peste et de son sérum, a lui aussi
été sous le charme de ces hauts
plateaux hantés de montagnards
d’un autre âge. Cet homme
éminemment éclectique a
également introduit l’hévéa en
Indochine (dont la première
récolte en 1904 sera achetée
par Michelin) ainsi que l’arbre
à cinchonine pour produire la
quinine active contre le paludisme.


De tous temps, sur les hauts plateaux, les hommes furent les maîtres des éléphants. Ces hommes que les Français appelaient « Moï » eu égard à leurs coutumes primitives prétendues barbares et sanguinaires. Expression en fait de la peur viscérale que ces sorciers démoniaques leur inspiraient. Nombre de soldats en avant-poste de garnisons isolés dans la jungle sombrèrent dans la folie et la mort. Évidemment victimes d’occultes maléfices.

Aujourd’hui la forêt est moins sombre et la jungle plus éparse. Les Américains et leur «agent orange» sont aussi passés ici. Et les terribles Moï sont bien discrets en regard des colons vietnamiens de pure souche qui cultivent sur leurs terres. D’ailleurs ils n’aiment pas et le montrent régulièrement dans de violentes insurrections qui amènent le gouvernement à fermer la région aux étrangers. Mais envers et contre tout, les éléphants et leurs maîtres M’Nông sont toujours là. La rumeur veut qu’un éléphant blanc, le dernier de l’empereur Bao Daï, erre dans la campagne entre le Vietnam et le Cambodge tout proche. Tous rêvent de voir cet éléphant sacré et vénéré, présage de bienfaits et de prospérité.



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