DJIBOUTI
LES CARAVANIERS DU SEL
Images
PHILIPPE MONTILLIER
 


Ce matin, je sentais l’excitation latente de nos caravaniers afars
comme je percevais la mienne : ce soir, nous serons enfin à Assal,
sur les bords du lac, le réservoir de sel le plus important de l’Afrique de l’Est…


Un soleil lunaire et brûlant

Tout un programme ! Longtemps, j’avais rêvé de ce lieu fréquenté depuis toujours par les nomades, commerçants dans l’âme, venant de loin parfois pour récolter le précieux trésor, l’or blanc tant recherché et apprécié en Éthiopie. Longtemps je m’étais fait une image de l’endroit, ayant eu certaines descriptions mais sans jamais l’avoir vu en photo. La réalité allait dépasser toutes mes prévisions au terme de cette ultime journée nous conduisant sur la banquise de sel.

Ultimes préparatifs ; excitation. Les galettes avalées à grands renforts de verres de thé à la cardamome, des bouteilles d’eau plein le sac, les lacets bien serrés et la casquette bien ajustée, nous levons le camp alors que les dromadaires sont déjà partis. Le soleil est haut dans le ciel et nous nargue de ses rayons brûlants comme pour annoncer une journée particulièrement torride et dure. Une journée identique aux précédentes et aux suivantes.

Le paysage lunaire se dégage de toute responsabilité pour nous laisser le traverser… Il fait environ quarante-cinq degrés en ce début de matinée et la marche dans ce pierrier géant est un peu pénible. La roche volcanique nous renvoie de temps en temps des reflets mordorés, rouges ou jaunes puis tout à coup devient blanche ou argentée. Nos pas sont le seul trouble au silence et le bruit des cailloux qui s’entrechoquent semble décuplé. Dans cet environnement pourtant hostile, je me sens bien et marche d’un bon pas pendant plusieurs heures en direction d’une chaîne de montagnes, bourrelet ultime avant la descente sur le lac. J’ai hâte. Je bois peu, transpire peu. Mon corps s’est habitué à la fournaise ambiante et il s’est auto régulé durant ces premières journées de marche : magnifique thermogenèse humaine ! La distance me séparant de la caravane de dromadaires diminue et j’accélère le pas pour la rejoindre avant la montée au col. Le cadre, bien qu’étrange, est superbe, les couleurs étonnantes et j’ai déjà fait plus de huit cent photos depuis le début de la marche. Comment pourrait-il en être autrement ? Que ce soit le paysage, la caravane des chameliers et leurs bêtes, le travail des hommes si étroitement lié à celui des dromadaires, les visages des Afars, leur regard, tout m’émerveille, tout m’interpelle et mon travail de photographe consiste justement à consigner les instants forts, les regards expressifs, les gestes gracieux ou évocateurs des hommes, arrêter le mouvement, se prêter au jeu incessant de la lumière dans le relief et les couleurs.



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