BOTSWANA
OKAVANGO, FORMATIONS ET DEFORMATIONS
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PATRICK DE WILD
 


« Bientôt, la surface de la terre elle-même se transforma en gigantesque
rôtissoire, dans laquelle tous les arbres et tous les animaux qui n’étaient
pas à l’abri furent cuits, carbonisés, calcinés, immolés… »


Entre fascination et terreur

Il y a plus de 350 millions d’années, au carbonifère, toutes les terres émergées se rapprochent progressivement pour, au terme d’une infinie dérive et de monstrueuses convulsions, former, à la fin du paléozoïque, anciennement appelé ère Primaire, un super-continent nommé Pangée. C’est le temps des insectes géants. D’immenses marécages couvrent alors la plupart des terres. Des forêts de fougères et de prêles démesurées se décomposent et des boues s’accumulent dans les plaines. Elles se transformeront en tourbe puis en houille. Les gigantesques glaciations qui marquent la fin de cette période sculptent le vaste plateau austral de l’Afrique. Pangée se fissure en deux parties au début du Mésozoïque, anciennement appelé ère Secondaire, voici environ 220 millions d’années, pour donner la terre de Laurasia, d’où naîtront l’Eurasie et l’Amérique du Nord, et celle du Gondwana, qui donnera forme à l’Amérique du Sud, l’Arabie, l’Inde, l’Antarctique, l’Australie et l’Afrique. La dérive des continents, rebaptisée tectonique des plaques, produisit, sur des millions d’années, d’inimaginables cataclysmes dont le plus important eut lieu au début du Cénozoïque, l’ère Tertiaire, il y a 64 millions d’années. De faramineuses éruptions volcaniques, dont les gigantesques traps du Deccan en Inde attestent de leurs amplitudes. Elles secouèrent les continents encore mal ajustés en libérant d’immenses jaillissements de lave et de phénoménales quantités de gaz carbonique porteur d’iridium. Ceux-ci, selon le géophysicien français Vincent Courtillot, seraient responsables de « l’hiver nucléaire » qui causa la destruction des trois quarts des espèces zoologiques vivant à cette période. En particulier des plus grandes, dont les gigantesques et célèbres dinosaures qui avaient régné sans partage sur la terre durant plus de 160 millions d’années. Une autre théorie dite « catastrophique » défendue par l’Américain Walter Alvarez dans La fin tragique des dinosaures s’oppose à la thèse retenue par la majorité des géologues. Elle attribue l’extinction de la limite Crétacé Tertiaire à la collision entre la Terre et une gigantesque comète tombée de l’espace, et dont le vaste cratère de Chicxulub, 200 km de diamètre dans la presqu’île du Yucatan au Mexique, serait la trace probante. « Lorsque le sol commença à être pris de tremblements incontrôlables provoqués par des ondes sismiques, le ciel lui-même devint mortel. Il y eut d’abord une petite lueur, puis le ciel se teinta d’une rougeur de plus en plus intense, passant à l’incandescence, devint de plus en plus lumineux, de plus en plus chaud. Bientôt, la surface de la terre elle-même se transforma en gigantesque rôtissoire, dans laquelle tous les arbres et tous les animaux qui n’étaient pas à l’abri furent cuits, carbonisés, calcinés, immolés… »

Pour avoir occupé la partie centrale de Pangée, l’Afrique fut le premier des continents à trouver sa juste place sur notre planète. À son extrémité sud, le climat devint cependant plus aride et venteux. Pendant des milliers d’années les bourrasques érodèrent les laves et éparpillèrent une par une les particules de sédiment pour former le désert du Kalahari. L’immense bassin de sable rouge, dont l’épaisseur peut localement atteindre une centaine de mètres, s’étend maintenant du fleuve Orange, en Afrique du Sud, au fleuve Likouala, au Congo, et recouvre une grande partie de la Namibie, du Botswana, de l’Angola et de la Zambie pour englober 2,5 millions de km2. Sauf dans sa portion la plus méridionale, il ne s’agit pas réellement d’un désert tel qu’on peut l’imaginer avec ses dunes arides aux courbes harmonieuses mais d’une étendue obsédante et maussade couverte de savanes épineuses, de plantations d’acacias ou de bois de mopanes. Au nord du Botswana l’eau a pourtant engendré un miracle. Elle a inscrit sur le désert tout un complexe de savane humide, phénoménal univers de marécages et de palmeraies dont la vue éveille immanquablement des mondes perdus en marge du temps et de l’humanité. Spéculations exotiques que Paul Caro, directeur de recherche au CNRS rapproche judicieusement des rêves jurassiques, dans la revue Découverte. « Ces lieux, écrit-il, peuplés d’animaux terrifiants mais contemporains, représentent la continuité matérielle de cet « ailleurs » effrayant que les dinosaures ont autrefois peuplé. Animaux disparus, faune actuelle et monstres mythologiques semblent ainsi unis dans une chaîne qui exprime la répugnance devant l’animalité, associée à la peur, à une sorte d’enfer, mais quand même, souvent, passionnément attractive, fascinante… » On pourrait, à observer la richesse et la majesté de la faune africaine, varans, rhinocéros, panthères, éléphants, girafes, crocodiles, etc. Avec un tant soi peu d’imagination, croire que les tyrannosaures, dromaeosaures, spinosaures, abélisaures et autres
cœlurosaures sont encore parmi nous.

Le fleuve Okavango (ou Cubango) est le troisième fleuve d’Afrique australe par sa longueur. Il prend sa source en Angola, avant de traverser la Namibie pour atteindre le Botswana. Suite à un accident géologique (endoréisme), il se perd dans le désert du Kalahari au lieu d’aboutir dans l’Océan Indien. On l’appelle « le fleuve qui ne trouve jamais la mer. »

La formation du delta

L’Okavango est fantasque. Sa physionomie varie selon les saisons, les années, les siècles… Atteignait-il l’océan Atlantique il y a un quelques millions d’années en s’insinuant dans le Kalahari pour rejoindre le cours des rivières Molopo, frontière entre le Botswana et l’Afrique du Sud, et Orange, démarcation entre la Namibie et l’Afrique du Sud. Vraisemblablement coupé par un phénomène sismique, y a environ deux millions d’années, le fleuve s’étala alors de la plaine du Linyanti à celle du Makgadikgadi pour créer une mer intérieure grande comme l’Irlande. Mais voici 1 500 ans, suite à un changement de climat, les eaux se retirèrent peu à peu de la majorité des terres qu’elles arrosaient. Aujourd’hui, elles n’apportent plus la vie qu’à un delta dont l’ampleur varie avec le régime de l’Okavango. Le débit du fleuve, tributaire des pluies angolaises, peut varier de 12 milliards de m3 par an comme en 1996 à 35 milliards de m3 par an comme en 1984. La double action de la végétation et des alluvions redessine chaque jour, et depuis des milliers d’années, le paysage du delta de l’Okavango.

Les eaux de l’Okavango (un débit d’environ quinze milliards de mètres cubes annuels) se perdent dans un gigantesque delta de 15 000 km², formant un labyrinthe d’îles, de canaux et de lagunes. Cet espace est une réserve naturelle de toute première importance pour de nombreuses espèces d’oiseaux, de mammifères, de poissons, de reptiles, d’amphibiens et de végétaux.


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